Booking (BKNG) ou Airbnb (ABNB) : qui garde le cash ?
2026-10-08 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Booking garde mieux son cash : en quatre ans, il a réduit son nombre d'actions de 21 %, quand celui d'Airbnb n'a pas bougé, et sa rémunération en actions pèse 7 % de son cash libre contre 35 %. Booking se valorise 14 fois son cash libre, Airbnb 30 fois : mon modèle juge Booking bon marché, Airbnb déjà cher.
Deux façons de vendre le même voyage
Booking et Airbnb vivent de la même idée : mettre en relation un voyageur et un hébergeur, puis prélever une commission sur chaque réservation. Aucun des deux ne possède les chambres. Booking (Booking.com, Priceline, KAYAK, OpenTable) agrège surtout des hôtels et des logements professionnels. Airbnb s'est construit sur le logement de particuliers. Comme ils n'ont presque rien à construire ni à entretenir, ils investissent très peu et transforment une grande part de leurs ventes en cash libre, c'est-à-dire l'argent qui reste une fois toutes les factures et tous les investissements payés.
J'ai passé les deux dans ma grille de dix critères financiers (rentabilité, croissance, dette, conversion du bénéfice en cash, et ainsi de suite). Les deux valident les dix. Booking passe aussi quinze critères qualitatifs (avantage concurrentiel, direction) que je n'ai pas encore pour Airbnb : je ne compare donc ici que les dix critères chiffrés, qui sont les mêmes pour les deux.
| Indicateur | Booking | Airbnb |
|---|---|---|
| Ventes 2025 | 26,9 Md$ | 12,2 Md$ |
| Cash libre 2025 | 9,1 Md$ | 4,6 Md$ |
| Cash libre par action, 2022 à 2025 | +22 % par an | +14 % par an |
| Nombre d'actions, 2021 à 2025 | -21 % | +1 % |
| Rémunération en actions, en part du cash libre | 7 % | 35 % |
| Rendement du capital investi (cash ROCE) | 142 % | 32 % |
Le cash libre est-il vraiment à l'actionnaire ?
Le tableau cache l'écart le plus important. Les deux entreprises paient une partie de leurs salariés en actions. C'est de l'argent économisé en apparence, mais chaque action distribuée dilue les actionnaires existants. Chez Airbnb, cette rémunération représente 35 % du cash libre, contre 7 % chez Booking. Le cash libre d'Airbnb est donc plus flatteur que ce qu'il laisse réellement aux actionnaires.
On le voit dans le nombre d'actions. Booking a racheté massivement ses titres : 1 034 millions d'actions fin 2021, 816 millions fin 2025, soit 21 % de moins (chiffres ajustés du split de 25 pour 1 réalisé le 2 avril 2026). Airbnb rachète aussi, mais ses rachats ne font que compenser les actions distribuées : 616 millions d'actions fin 2021, 623 millions fin 2025. Résultat, un actionnaire Booking détient une part de plus en plus grande du cash, un actionnaire Airbnb la même.
Le rendement du capital investi dit la même chose sous un autre angle. Pour chaque dollar immobilisé dans l'activité, Booking dégage environ 1,42 $ de cash par an, tant il a besoin de peu de capital. Airbnb, à 32 %, reste excellent, très au-dessus des 15 % que j'exige. Mais c'est un autre niveau.
Ce que disent les derniers résultats
Airbnb accélère. Dans son communiqué du deuxième trimestre 2026, publié début août, il annonce 3,6 milliards de dollars de revenus (+17 %, +13 % hors effet des devises), 148,3 millions de nuitées réservées (+10 %) et 1,25 milliard de cash libre (+30 %, soit 35 % du chiffre d'affaires). Le nombre de nouveaux clients progresse de 11 %, le rythme le plus rapide depuis quatre ans, et la direction a relevé son objectif annuel de croissance à au moins environ 15 %.
Booking ralentit, mais il part de plus haut. Son communiqué du deuxième trimestre 2026 du 4 août montre 51,0 milliards de dollars de réservations brutes (+9 %), 7,4 milliards de revenus (+8 %), 325 millions de nuitées (+5 %) et un bénéfice par action ajusté de 2,54 $ (+15 %). L'entreprise a racheté 3,7 milliards de dollars de ses propres actions en un seul trimestre et relevé à environ 650 millions de dollars son objectif d'économies, à réaliser d'ici fin 2027. Au passage, le split de 25 pour 1 explique pourquoi l'action vaut environ 156 $ au lieu de près de 4 000 $ : ça ne change rien à la valeur de l'entreprise, seulement au nombre de morceaux.
La tension est là. Airbnb vend plus chaque trimestre, mais garde moins de cash par action. Booking vend moins vite, mais transforme chaque point de croissance en davantage de cash pour l'actionnaire.
Et au prix d'aujourd'hui ?
| Prix | Booking | Airbnb |
|---|---|---|
| Cours de l'action | 155,87 $ | 160,63 $ |
| Valorisation (années de cash libre) | 14,3 fois | 30,4 fois |
| Position dans son propre historique | parmi les 4 % les moins chers | plus cher que dans 36 % des cas |
| Prix d'achat raisonnable de mon modèle | 279,95 $ | 141,12 $ |
| Écart avec le cours | décote de 80 % | surcote de 12 % |
Pour juger le prix, je regarde le P/FCF : le cours de l'action divisé par le cash libre par action, c'est-à-dire le nombre d'années de cash qu'on achète. Booking se valorise 14 fois son cash libre, un des niveaux les plus bas de son histoire récente. Airbnb en vaut 30. Ce dernier prix suppose que l'accélération actuelle dure : la presse a relayé le 5 octobre les propos de son patron, Brian Chesky, selon lesquels le trafic venu de ChatGPT convertit mieux que celui de Google. C'est un pari sur l'intelligence artificielle autant qu'une analyse.
Le marché craint à l'inverse que Booking, dont les ventes ne montent plus que de 8 %, soit un gagnant fatigué que les assistants d'intelligence artificielle contourneront. Je crois la peur en partie fondée sur la croissance, et exagérée sur le prix. Mais le chiffre de 80 % de décote affiché par mon modèle est à relativiser : il suppose un cash libre par action qui passe de 10,9 $ à 25,6 $ en cinq ans, soit environ 19 % par an, bien au-dessus des 8 % de ventes d'aujourd'hui (les rachats ajoutent quelques points, mais pas assez). C'est mon calcul, pas un fait. Même en le divisant par deux, Booking reste raisonnablement valorisé, là où Airbnb ne l'est pas.
Mon verdict, sans conseil personnalisé : Booking est la meilleure des deux entreprises et la moins chère, à condition d'accepter une croissance plus lente. Airbnb est excellent, mais déjà payé pour réussir. Être capable de juger une entreprise et son prix séparément, en quelques secondes, c'est ce que je voulais pouvoir faire pour n'importe quelle action. Tu peux voir les deux dossiers complets sur la fiche de Booking et la fiche d'Airbnb, et lire ma méthodologie.
FAQ
Booking ou Airbnb : lequel croît le plus vite ?
Airbnb. Au deuxième trimestre 2026, ses revenus ont progressé de 17 % (13 % hors devises) contre 8 % pour Booking. Mais Booking transforme sa croissance en davantage de cash par action, grâce à ses rachats et à une rémunération en actions bien plus faible.
Pourquoi l'action Booking vaut-elle environ 156 $ ?
Booking a réalisé un split de 25 pour 1 le 2 avril 2026. Chaque ancienne action a été divisée en 25, ce qui ramène le cours de près de 4 000 $ à environ 160 $, sans changer la valeur de l'entreprise.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).