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ASML Holding (ASML) : résultats T2 2026, mon verdict

2026-07-18 ·

ASML.AS : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

ASML vient de relever ses prévisions annuelles de façon spectaculaire, porté par la demande liée à l'intelligence artificielle et une étape technologique inédite chez Intel. La qualité du dossier reste quasi parfaite dans mon filtre. Le prix, lui, a déjà intégré une bonne partie de ces bonnes nouvelles. Voici comment je le lis.

Le trimestre qui confirme le monopole

ASML a publié le 15 juillet 2026 des résultats du deuxième trimestre nettement au dessus de ses propres attentes : 9,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires net, 2,9 milliards d'euros de bénéfice net, soit 7,59 euros par action, et une marge brute de 54,0 %. Chacun de ces trois chiffres dépasse à la fois la fourchette que l'entreprise avait elle même annoncée et le consensus des analystes.

Ce qui change vraiment la donne, ce n'est pas ce trimestre en particulier, mais ce qu'ASML dit de la suite. L'entreprise relève sa prévision de chiffre d'affaires pour toute l'année 2026 à une fourchette de 43 à 45 milliards d'euros, contre 36 à 40 milliards annoncés seulement trois mois plus tôt après le premier trimestre. Une révision de cette ampleur en un seul trimestre est rare pour une entreprise de cette taille. Pour le troisième trimestre, ASML vise déjà 11,0 à 12,0 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec une marge brute de 55 à 57 %, donc en accélération supplémentaire.

L'étape qui change la donne : Intel et le High-NA EUV

L'annonce la plus significative du trimestre ne se trouve pas dans les chiffres mais dans un communiqué technique : Intel Foundry a qualifié la technologie High-NA EUV d'ASML pour la production en volume de puces logiques, une première mondiale pour ce type de machine. Concrètement, Intel utilise déjà cet équipement sur son nœud de fabrication le plus avancé, le 18A, pour produire une partie de ses processeurs Core Ultra Series 3.

Pour comprendre pourquoi ça compte, il faut revenir sur ce qu'est la lithographie. C'est la technique qui consiste à projeter un motif de circuit sur une plaquette de silicium à l'aide de lumière, exactement comme un projecteur de diapositives, mais à une échelle des milliers de fois plus petite qu'un cheveu. La lithographie EUV (extrême ultraviolet) est la seule technologie capable de graver les transistors les plus fins utilisés dans les puces les plus avancées, et ASML est la seule entreprise au monde qui sait construire ces machines. Le High-NA EUV est la génération suivante de cette technologie, avec une optique encore plus précise qui permet de graver des motifs encore plus petits. Le fait qu'Intel, un client historiquement plus prudent que TSMC ou Samsung sur l'adoption de nouvelles machines ASML, l'utilise déjà en production réelle valide que cette technologie fonctionne à l'échelle industrielle, pas seulement en laboratoire.

Dans la foulée de ces résultats, le nouveau directeur général Christophe Fouquet a aussi annoncé une augmentation de 30 % des capacités de production des machines Low-NA EUV et DUV à immersion, la génération plus ancienne mais toujours largement utilisée. Sa justification, dans ses propres mots, est une demande client qu'il a qualifiée d'extrêmement forte. Augmenter une capacité de production de 30 % pour une machine qui coûte, selon le modèle, entre 200 et 400 millions de dollars pièce et qui prend des mois à assembler n'est pas une décision que l'on prend sur un simple sentiment de marché : c'est le signal d'une visibilité de commandes qu'ASML dit désormais s'étendre jusqu'en 2027 et 2028.

Le vrai moat d'ASML : pourquoi personne ne peut la copier

Mon filtre qualité valide le moat d'ASML (son fossé concurrentiel, ce qui empêche un concurrent de lui prendre sa place) sur deux mécanismes précis : les coûts de changement et l'économie d'échelle. Les coûts de changement d'abord. Un fabricant de puces ne choisit pas une machine de lithographie comme on choisit un fournisseur de bureau : il conçoit tout son procédé de fabrication, souvent sur plusieurs années, autour des tolérances exactes de la machine ASML qu'il utilise. Changer de fournisseur signifierait requalifier des lignes de production entières, avec des mois voire des années de perte de rendement pendant la transition. Personne ne fait ça à la légère.

L'économie d'échelle ensuite, et c'est peut être le verrou le plus solide. Construire une machine EUV capable de graver à l'échelle atomique nécessite des décennies de recherche en optique, en physique des plasmas et en mécanique de précision, financées à l'origine par un consortium regroupant les plus gros fondeurs mondiaux eux mêmes (dont Intel, Samsung et TSMC ont fait partie), avant qu'ASML ne devienne assez dominante pour financer seule ce développement. Nikon et Canon, les deux autres grands noms historiques de la lithographie, ont tous les deux tenté de suivre sur l'EUV et ont abandonné faute de pouvoir rattraper l'avance technologique et financière d'ASML. Ce n'est pas un monopole de circonstance, c'est un monopole d'ingénierie qui s'est construit sur plus de quinze ans.

Qualité : un score quasi parfait, avec deux bémols honnêtes

Sur le modèle élargi que mon filtre applique à ASML (25 critères, une grille plus détaillée que je réserve à certains dossiers pour capter davantage de nuances qualitatives), l'action valide 24 critères sur 25. Les points forts sont sans appel : une marge nette de 29,4 %, des ventes qui croissent de 15,6 % par an en moyenne sur cinq ans, un rendement du capital investi en cash de 116,7 % (autrement dit, chaque dollar réinvesti dans l'activité en génère plus d'un en retour chaque année, un niveau que très peu d'entreprises industrielles atteignent), une trésorerie nette positive, et un marché final, celui des semi-conducteurs, qui continue de croître structurellement.

Les deux bémols que mon filtre relève sont instructifs et je préfère les mettre sur la table plutôt que de les taire. D'abord, l'implication personnelle du directeur général : Christophe Fouquet, qui dirige ASML depuis avril 2024 après huit ans passés dans l'entreprise, ne détient que 0,002 % du capital, un niveau faible qui ne l'aligne pas fortement avec les actionnaires minoritaires comparé à un fondateur qui aurait gardé une part significative. Ensuite, le calendrier des rachats d'actions : mon filtre note que les rachats récents d'ASML ont surtout eu lieu à des niveaux de prix élevés plutôt qu'au creux du cycle, ce qui est l'inverse de ce qu'un rachat vraiment créateur de valeur devrait faire (racheter quand l'action est bon marché, pas quand elle est chère). Aucun de ces deux points ne remet en cause la qualité du business, mais ce sont des signaux d'allocation du capital à surveiller.

Le prix en trois temps

Premier temps : où se situe le prix actuel dans l'histoire propre d'ASML ? Le P/FCF (price-to-free-cash-flow, le prix de l'action divisé par le free cash flow, soit l'argent qui reste réellement disponible une fois toutes les factures payées) ressort aujourd'hui à 61,6 fois. Ce niveau se situe au 67ᵉ percentile de son propre historique sur cinq ans, ce qui veut dire qu'ASML s'est déjà payée plus cher que ça environ un tiers du temps sur cette période, mais qu'elle reste malgré tout dans le tiers supérieur de sa propre fourchette de valorisation. Ce n'est donc pas le prix le plus élevé jamais payé pour cette action, mais ce n'est clairement pas non plus une décote.

Deuxième temps : pourquoi ce niveau ? La trajectoire du free cash flow raconte l'histoire. Il est passé de 7,2 milliards de dollars en 2022 à seulement 3,2 milliards en 2023 (un creux lié à des investissements lourds en stocks et en capacité avant la montée en puissance du High-NA), puis a rebondi à 9,1 milliards en 2024 et atteint un record de 11,0 milliards en 2025. Le chiffre d'affaires, lui, a grimpé sans interruption de 21,2 à 32,7 milliards de dollars sur la même période. Le marché paie donc cette accélération, renforcée cette semaine par le relèvement de prévisions et le jalon Intel : il parie que la demande liée à l'intelligence artificielle et à la mémoire de nouvelle génération va prolonger cette trajectoire plusieurs années de plus, avec une visibilité de commandes désormais annoncée jusqu'en 2027-2028.

Troisième temps : est-ce justifié ? Le modèle de prix d'achat raisonnable de mon site, qui projette le free cash flow par action sur cinq ans pour en déduire une valeur actualisée, place ce prix à 1403 dollars pour ASML, contre un cours actuel de 1748 dollars : une surcote d'environ 20 % selon ce calcul strict. Je nuance volontiers ce chiffre : un monopole avec une visibilité de commandes de plusieurs années mérite normalement une prime sur un modèle de valorisation générique, qui a tendance à sous-estimer la valeur d'une position dominante durable. Mais 61,6 fois le free cash flow reste un multiple habituellement réservé à des logiciels en forte croissance, pas à un fabricant d'équipements industriels sujet à un cycle de dépenses. Je ne dis pas qu'ASML est hors de prix, je dis que la marge de sécurité s'est réduite et qu'une bonne partie des bonnes nouvelles de ce trimestre est déjà dans le cours.

Le risque que je surveille : la Chine

La Chine devrait représenter environ 20 % du chiffre d'affaires 2026 d'ASML, une part déjà réduite ces dernières années sous l'effet des restrictions américaines et néerlandaises sur l'exportation d'équipements de lithographie avancée vers la Chine, pensées pour ralentir sa capacité à produire des puces de pointe utilisables à des fins militaires ou stratégiques. ASML a elle même averti que de nouvelles restrictions pourraient pousser ses résultats vers le bas de sa fourchette de prévisions. C'est un risque que je surveille sans pouvoir le quantifier précisément : il dépend de décisions politiques, pas de la performance opérationnelle de l'entreprise, et il peut changer du jour au lendemain selon le climat géopolitique.

Comment je le lis

ASML confirme cette semaine tout ce qui rendait déjà le dossier exceptionnel : un monopole d'ingénierie sur une technologie que personne d'autre ne sait fabriquer, une demande qui accélère au point de justifier la plus grosse révision de prévisions de l'année, et un jalon industriel chez Intel qui élargit encore la base de clients validant cette technologie. Sur la qualité, difficile de trouver mieux dans mon filtre. Sur le prix, le marché a déjà largement anticipé ces bonnes nouvelles, et le multiple actuel laisse peu de place à la déception. C'est exactement le genre de dossier où je sépare toujours qualité et prix avant de trancher, ce qui m'a poussé à construire mon outil d'analyse. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse d'ASML, ma thèse de fond complète dans mon analyse fondamentale d'ASML, et ma méthodologie.

FAQ

Qu'est-ce que la lithographie EUV et pourquoi ASML en a le monopole ?

La lithographie consiste à projeter un motif de circuit sur une plaquette de silicium à l'aide de lumière. L'EUV (extrême ultraviolet) est la seule technologie capable de graver les transistors les plus fins des puces avancées. ASML est la seule entreprise au monde à savoir construire ces machines, après plus de quinze ans de recherche qu'aucun concurrent (Nikon, Canon) n'a réussi à rattraper.

Qu'est-ce que le High-NA EUV et pourquoi le jalon Intel compte ?

Le High-NA EUV est la génération suivante de la lithographie EUV, avec une optique plus précise pour graver des motifs encore plus petits. Intel Foundry vient de la qualifier pour la production en volume sur son nœud 18A, une première mondiale qui prouve que la technologie fonctionne à l'échelle industrielle, pas seulement en test.

Pourquoi le P/FCF d'ASML est-il si élevé, et est-ce anormal ?

Le P/FCF (prix de l'action divisé par le free cash flow) ressort à 61,6 fois, au 67e percentile de l'historique 5 ans d'ASML : élevé mais pas le plus haut jamais payé. Il reflète une accélération réelle de la demande (relèvement de prévisions, jalon Intel, visibilité de commandes jusqu'en 2027-2028), mais laisse peu de marge de sécurité si cette demande déçoit.

Quel est le principal risque pour ASML aujourd'hui ?

Les restrictions d'exportation américaines et néerlandaises vers la Chine, qui représente environ 20 % du chiffre d'affaires 2026 attendu. ASML a averti qu'un durcissement pourrait pousser ses résultats vers le bas de sa fourchette de prévisions. C'est un risque politique, difficile à quantifier à l'avance.

Faut-il acheter l'action ASML après ces résultats ?

La qualité du dossier est quasi parfaite dans mon filtre, mais le prix a déjà intégré une bonne partie des bonnes nouvelles du trimestre, avec une surcote d'environ 20 % selon mon modèle strict. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

ASML.AS : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).