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Texas Instruments (TXN) : résultats T2 2026, mon verdict

2026-07-24 ·

TXN : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Texas Instruments a publié le 22 juillet 2026 des revenus de 5,46 milliards de dollars, en hausse de 23 % sur un an et 13 % sur un trimestre, avec une croissance large sur l'industriel, l'automobile et surtout les centres de données. Mais mon filtre qualité reste sévère (3 critères sur 12) à cause de cinq ans de free cash flow écrasé par un pari industriel coûteux. Voici comment je sépare les deux.

Un trimestre qui accélère sur tous les fronts à la fois

Texas Instruments a publié le 22 juillet 2026 des résultats du deuxième trimestre qui marquent une vraie rupture de rythme : un chiffre d'affaires de 5,46 milliards de dollars, en progression de 23 % sur un an et de 13 % par rapport au trimestre précédent, un bénéfice net de 1,98 milliard de dollars et un bénéfice par action de 2,14 dollars, un chiffre qui inclut un bénéfice ponctuel de 5 cents non prévu dans les prévisions initiales de l'entreprise. Ce qui distingue ce trimestre d'un simple rebond isolé, c'est sa largeur : la croissance touche l'industriel (+30 % sur un an), l'automobile (croissance à deux chiffres, dans la fourchette basse) et surtout les centres de données, dont les ventes ont doublé sur un an.

Pour un fabricant de puces analogiques et embarquées comme Texas Instruments, un segment centre de données qui double n'est pas anodin : ces puces (gestion de l'alimentation électrique, conversion de tension) équipent les infrastructures qui alimentent en électricité les serveurs d'intelligence artificielle, un marché en expansion rapide que l'entreprise n'adressait pas historiquement au même degré. Pour la suite, Texas Instruments prévoit un troisième trimestre 2026 avec un chiffre d'affaires entre 5,65 et 6,15 milliards de dollars et un bénéfice par action entre 2,23 et 2,57 dollars, une fourchette qui, prise à son point médian, prolongerait cette accélération plutôt qu'elle ne la freinerait.

Pourquoi mon filtre qualité reste sévère : un pari industriel de plusieurs années

Sur mon modèle standard, Texas Instruments ne valide que 3 critères sur 12, un score bas pour une entreprise dont la marge nette atteint pourtant 31,1 % sur les douze derniers mois, largement rentable. La raison du score faible se lit dans la trajectoire, pas dans la photo du trimestre : le chiffre d'affaires annuel a culminé à 20 milliards de dollars en 2022, avant de reculer à 15,6 milliards en 2024, un creux directement lié au ralentissement cyclique classique des semi-conducteurs, avant de remonter à 17,7 milliards en 2025. Sur cinq ans, la moyenne annuelle ressort donc négative (environ -3,5 % par an), même si la toute dernière tendance s'inverse.

Le vrai choc se voit sur le cash : le free cash flow, c'est-à-dire l'argent qui reste réellement disponible après que l'entreprise a payé ses charges ET ses investissements, est passé d'environ 6 milliards de dollars par an entre 2020 et 2022 à seulement 1,3 puis 1,5 milliard en 2023 et 2024, avant de remonter à 2,6 milliards en 2025. La cause n'est pas un problème de rentabilité (l'entreprise est restée bénéficiaire tout du long, contrairement à un dossier comme Intel) : c'est un choix délibéré. Texas Instruments a lancé, il y a plusieurs années, un plan d'investissement massif dans de nouvelles usines de fabrication de plaquettes de 300 millimètres au Texas et dans l'Utah, de l'ordre de plusieurs milliards de dollars par an, pour internaliser sa production et réduire ses coûts unitaires sur le long terme. Construire une usine de semi-conducteurs coûte cher et met des années à générer un retour : c'est de l'argent qui sort aujourd'hui pour un avantage de coût qui ne se matérialise que plus tard, une fois les usines pleinement utilisées. Ce pari a mécaniquement asséché le cash disponible pendant la phase de construction, et l'entreprise a même dû augmenter sa dette de 6,8 à 14 milliards de dollars sur la période pour financer l'investissement tout en maintenant son dividende.

Un détail sectoriel qui explique un chiffre déroutant : pourquoi Texas Instruments garde autant de stock

Mon modèle signale aussi un cycle de conversion de trésorerie (le temps qui s'écoule entre le paiement des fournisseurs et l'encaissement des clients) de 233 jours, très long, tiré presque entièrement par 218 jours de stock immobilisé. Pris seul, ce chiffre ressemblerait à une mauvaise gestion. Mais c'est en réalité une caractéristique structurelle du métier de Texas Instruments : contrairement à un fabricant de puces de pointe qui vend des composants au cycle de vie court, l'essentiel du catalogue de Texas Instruments (des puces analogiques et embarquées) reste vendu pendant dix, vingt, parfois trente ans à des clients industriels et automobiles qui exigent une garantie d'approvisionnement sur des décennies. L'entreprise maintient donc volontairement des stocks bien plus élevés qu'une entreprise technologique classique, à la fois pour honorer ces engagements de long terme et pour lisser l'utilisation de ses usines entre les cycles. Un stock élevé n'est donc pas ici un signal d'alerte, mais le prix structurel d'un modèle économique construit sur la durée plutôt que sur la vitesse.

Le prix : pourquoi le P/FCF affiché ne raconte pas encore la bonne histoire

Le P/FCF (le prix de l'action divisé par le free cash flow généré par action, sur les douze derniers mois) ressort à 77,2 fois dans mon modèle, un multiple qui semble très élevé pour une entreprise mature. Mais ce chiffre est calculé sur une fenêtre de douze mois qui inclut encore les trimestres les plus faibles du creux de cash 2023-2024, avant l'accélération récente. Or, lors de la publication du 22 juillet, l'entreprise a elle-même communiqué un free cash flow de 6,5 milliards de dollars sur ses douze derniers mois glissants (calculés jusqu'à fin juin 2026), soit plus du double du chiffre implicite dans mon modèle. Avec ce chiffre plus frais, le multiple réel se rapprocherait plutôt de 40 fois la capitalisation boursière de 257 milliards de dollars, ce qui reste cher, mais raconte une histoire très différente d'un cash qui continuerait de s'effondrer.

C'est un cas d'école de ce qu'il faut vérifier avant de conclure : quand un modèle de valorisation s'appuie sur une fenêtre glissante de douze mois, un redressement brutal du dernier trimestre met du temps à s'y refléter pleinement. Pour la même raison, mon modèle de prix d'achat raisonnable affiche une cible de seulement 76,14 dollars contre un cours de 279,58 dollars : ce chiffre est lui aussi construit sur l'historique récent de cash déprimé, donc peu fiable en l'état. Le bon réflexe n'est pas de le prendre au pied de la lettre, mais d'attendre que deux ou trois trimestres confirment la trajectoire avant de juger le prix avec un outil redevenu pertinent.

Comment je le lis

Texas Instruments illustre un profil différent d'Intel, avec qui la comparaison sectorielle est tentante : là où Intel a traversé une vraie crise de rentabilité (marge nette négative, pari de rattrapage technologique), Texas Instruments est restée solidement bénéficiaire (31 % de marge nette) tout au long de son propre cycle d'investissement. Ce n'est pas un pari de survie, c'est un choix délibéré d'auto-financer une expansion de capacité pendant un creux du cycle des semi-conducteurs, quitte à sacrifier le cash disponible et à augmenter la dette pendant quelques années. Le trimestre du 22 juillet, avec une croissance large sur l'industriel, l'automobile et les centres de données, est le premier signal net que cet investissement commence à porter ses fruits. Mon filtre qualité reste bas parce qu'il note une trajectoire de cinq ans encore marquée par le creux, pas encore la reprise en cours.

Ce qui changerait mon avis, dans un sens ou dans l'autre : si la publication du T3 en octobre confirme des revenus en haut de la fourchette annoncée avec un free cash flow qui continue de grimper vers ce chiffre de 6,5 milliards de dollars sur douze mois glissants, la trajectoire de cinq ans commence à réellement s'inverser, et mon score qualité devrait suivre d'ici quelques trimestres. Si la croissance cale de nouveau, ou si le plan d'investissement s'étire encore sans que la promesse de cash ne se matérialise, la lecture prudente (un pari coûteux sur plusieurs années encore non prouvé) reste la bonne. Je surveille en particulier le rythme de croissance des centres de données et la vitesse de remboursement de la dette, les deux signaux les plus lisibles. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de Texas Instruments, comprendre pourquoi une dette qui augmente n'est pas automatiquement un signal négatif dans mon article sur la dette dans ma méthode, et ma méthodologie complète.

FAQ

Pourquoi Texas Instruments a-t-elle publié une si forte croissance au T2 2026 ?

Les revenus ont progressé de 23 % sur un an (5,46 milliards de dollars), portés par une croissance large : industriel +30 %, automobile à deux chiffres, et centres de données qui doublent sur un an grâce à la demande de puces de gestion d'alimentation pour les infrastructures d'intelligence artificielle.

Pourquoi le score qualité de Texas Instruments reste-t-il bas malgré ces bons résultats ?

Mon filtre juge une trajectoire de 5 ans, pas un seul trimestre : le chiffre d'affaires a reculé en moyenne sur la période (creux cyclique 2022-2024) et le free cash flow s'est effondré de 6 milliards à 1,3 milliard par an à cause d'un plan d'investissement massif dans de nouvelles usines.

Pourquoi Texas Instruments garde-t-elle autant de stock (218 jours) ?

Contrairement à un fabricant de puces de pointe, l'essentiel du catalogue de Texas Instruments (puces analogiques et embarquées) reste vendu pendant 10 à 30 ans à des clients industriels et automobiles qui exigent une garantie d'approvisionnement de long terme, ce qui impose de garder des stocks plus élevés que la moyenne du secteur.

Le P/FCF de 77,2 fois signifie-t-il que l'action Texas Instruments est très chère ?

Ce chiffre s'appuie sur une fenêtre de 12 mois qui inclut encore les trimestres les plus faibles du creux de cash 2023-2024. L'entreprise communique elle-même un free cash flow plus récent de 6,5 milliards de dollars, ce qui ramènerait le multiple réel plus proche de 40 fois, une histoire différente même si toujours pas bon marché.

Faut-il acheter l'action Texas Instruments après ces résultats ?

Le trimestre est un signal de reprise net après un creux de cash de plusieurs années, mais mon filtre qualité reste bas et mon modèle de prix s'appuie encore sur un historique déprimé, donc peu fiable en l'état. J'attends 2-3 trimestres de confirmation avant de trancher. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

TXN : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).