Newmont (NEM) : résultats T2 2026, mon verdict
2026-07-24 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
NEM : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Newmont a publié le 23 juillet 2026 un bénéfice net de 2,2 milliards de dollars et un free cash flow trimestriel record, malgré des revenus légèrement inférieurs aux attentes. Le minier aurifère est l'un des rares de son secteur à valider la quasi-totalité de mes critères qualité, et son action se négocie pourtant dans le tiers le moins cher de sa propre histoire récente. Voici pourquoi, chiffres à l'appui.
Un trimestre qui déçoit sur le papier, mais qui cache l'essentiel
Newmont a publié le 23 juillet 2026 des résultats du deuxième trimestre en apparence mitigés : un bénéfice ajusté par action de 2,10 dollars, légèrement sous le consensus des analystes (2,12 dollars), et des revenus inférieurs d'environ 4 % aux attentes du marché. Sur ces deux seuls chiffres, on pourrait conclure à un trimestre décevant. Mais regarder uniquement le consensus manque l'essentiel : le bénéfice net s'établit à 2,2 milliards de dollars, et surtout, l'entreprise a généré un free cash flow trimestriel record de 2,2 milliards de dollars, avec 2,9 milliards de dollars de cash provenant de l'exploitation. Un léger manque face aux attentes des analystes n'a rien à voir avec la question qui compte vraiment pour juger la qualité d'une entreprise : combien de cash réel rentre dans les caisses ?
Le détail opérationnel explique une bonne partie de l'histoire : Newmont a produit environ 1,3 million d'onces d'or, mais aussi 17 000 tonnes de cuivre et 7 millions d'onces d'argent, des métaux secondaires qui diversifient ses revenus au-delà du seul or. Côté coûts, le coût de production tout compris (AISC, expliqué plus bas) ressort à 1 621 dollars par once, sous l'objectif annuel de 1 680 dollars : une discipline de coûts qui tient, alors même que beaucoup de miniers laissent dériver leurs coûts quand le prix de l'or grimpe. L'entreprise a retourné environ 1,9 milliard de dollars à ses actionnaires ce trimestre (dividendes et rachats d'actions combinés), avec un dividende déclaré de 0,261 dollar par action.
Pourquoi mon filtre qualité valide presque tout (11 critères sur 12) : une exception dans un secteur qui échoue d'habitude
C'est le point le plus surprenant de ce dossier. Le secteur minier aurifère est structurellement l'un des plus difficiles à faire passer dans mon filtre qualité : les revenus dépendent d'une variable que l'entreprise ne contrôle pas (le prix de l'or), les coûts de production varient énormément d'une mine à l'autre, et les majors du secteur ont l'habitude de faire des acquisitions coûteuses qui diluent les actionnaires. Sur mes critères, la plupart des grands noms du secteur plafonnent habituellement sous 8 points sur 10. Newmont casse ce schéma : mon modèle standard à 12 critères lui attribue 11 points sur 12, l'un des meilleurs scores que je suis, tous secteurs confondus.
Le détail est parlant : marge nette de 33,9 %, largement au-dessus de la moyenne du secteur minier ; croissance des ventes de 19,2 % par an en moyenne sur cinq ans ; marge de free cash flow de 36,6 %, ce qui veut dire que plus d'un tiers de chaque dollar de vente se transforme en cash réellement disponible ; et surtout, pas de dette nette : l'entreprise dispose de plus de trésorerie que de dette totale. Le seul critère qui échoue est la dilution actionnariale (le nombre d'actions en circulation a augmenté de 8,7 % par an en moyenne sur cinq ans), et ce point mérite une explication à part entière, parce qu'il ne raconte pas ce qu'on croit à première vue.
Le mécanisme derrière la dilution : l'acquisition qui a transformé Newmont
En novembre 2023, Newmont a finalisé le rachat de Newcrest Mining pour environ 19 milliards de dollars, payé principalement en actions Newmont, créant ce que l'entreprise présente comme le leader mondial de l'or ET du cuivre, avec plus de la moitié des mines d'or dites « Tier 1 » (les gisements les plus rentables et les plus longs du monde) désormais dans son portefeuille. C'est cette émission massive d'actions pour payer l'acquisition qui explique la dilution mesurée sur cinq ans : le nombre d'actions est passé d'environ 795 millions en 2022 à 841 millions en 2023, puis à 1,15 milliard en 2024 au fur et à mesure de la finalisation de l'opération, avant de commencer à refluer légèrement à 1,1 milliard en 2025 grâce aux premiers rachats d'actions. Une acquisition payée en actions dilue toujours les actionnaires existants à court terme : la vraie question est de savoir si les actifs acquis génèrent, ensuite, assez de cash supplémentaire pour que chaque action, même plus nombreuse, vaille davantage. Les chiffres 2024-2025 répondent plutôt oui.
Le free cash flow raconte exactement cette histoire en mouvement : 3,58 milliards de dollars en 2020, puis un effondrement à seulement 97 millions de dollars en 2023, l'année de la finalisation de l'acquisition (coûts de transaction, dépenses d'intégration, investissements pour aligner les deux portefeuilles de mines). Deux ans plus tard, le rebond est spectaculaire : 2,96 milliards de dollars en 2024, puis 7,3 milliards en 2025, le plus haut de la période. La dette suit le chemin inverse : elle avait grimpé à 8,9 milliards de dollars en 2023 pour financer une partie de l'opération, avant de refluer à 5,1 milliards en 2025, une fois le cash de l'entité combinée pleinement au rendez-vous. Une acquisition qui a fait mal au cash et à la dette pendant un an, suivie d'un redressement net les deux années suivantes : c'est exactement le schéma d'une intégration qui a fonctionné, pas celui d'un pari raté.
Le prix en trois temps : pourquoi une action à 11 sur 12 se négocie encore bon marché
Le P/FCF (le prix de l'action divisé par le free cash flow généré par action) ressort à 11,1 fois sur les douze derniers mois, un chiffre bas comparé à la plupart des grandes capitalisations que je suis. Situé dans son propre historique de valorisation sur cinq ans, ce multiple se place au 34ᵉ percentile : l'action se négocie donc dans le tiers le moins cher de ce qu'elle a habituellement coûté ces cinq dernières années, malgré une qualité fondamentale qui vient de nettement s'améliorer. Mon modèle de prix d'achat raisonnable situe le point d'entrée à 156,02 dollars, contre un cours actuel de 93,19 dollars, soit une décote de 40 % environ.
Pourquoi une telle décote persiste-t-elle sur un dossier de cette qualité ? Le contexte du prix de l'or donne la réponse : l'once d'or se négocie autour de 4 040 dollars en juillet 2026, en repli d'environ 28 % depuis son pic de janvier 2026 proche de 5 595 dollars. Le marché a corrigé le prix des minières aurifères en même temps que le métal, par réflexe, alors que le coût de production de Newmont (1 621 dollars par once) reste largement en dessous du cours actuel : chaque once vendue dégage encore une marge confortable de plus de 2 400 dollars, même après la correction. Cette décote pose donc une vraie question d'investissement, pas une évidence : est-ce que le marché a raison de rester prudent sur la trajectoire future du prix de l'or, ou l'a-t-il, à l'inverse, trop punie compte tenu de la marge qui reste largement positive au prix actuel ?
Comprendre l'AISC : le vrai coût de production d'une once d'or
Un chiffre revient souvent dans les résultats des minières sans être expliqué : l'AISC, ou coût de production tout compris (« all-in sustaining cost »). Contrairement à un simple coût d'extraction, l'AISC inclut aussi les dépenses nécessaires pour maintenir la mine en état de produire année après année : l'entretien des équipements, le forage d'exploration de remplacement, et une partie des investissements en capital. C'est la mesure la plus honnête du coût réel d'une once d'or, parce qu'une mine qui ne réinvestit pas dans son propre maintien finit par s'épuiser. Pour Newmont, un AISC de 1 621 dollars par once face à un cours de l'or de 4 040 dollars signifie une marge brute par once d'environ 60 %, l'un des écarts les plus favorables du secteur minier aurifère mondial, et une explication directe de la marge de free cash flow de 36,6 % que j'ai mentionnée plus haut.
Comment je le lis
Newmont est un cas rare dans mon univers de suivi : un secteur qui échoue presque toujours mon filtre qualité (dépendance au prix d'une matière première, coûts variables, acquisitions dilutives) produit ici l'une de mes meilleures notes toutes industries confondues. L'acquisition de Newcrest a dilué les actionnaires et fait plonger le cash pendant un an, mais les deux exercices suivants montrent une intégration qui paie : cash record, dette qui fond, discipline de coûts qui tient malgré la hausse de l'or. Et pourtant, l'action se négocie dans le tiers le moins cher de sa propre histoire récente, à cause d'une correction du prix de l'or que le marché semble avoir généralisée un peu vite à une entreprise dont la marge par once reste solide même après la baisse. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de Newmont, un comparatif des rares minières aurifères qui passent mon filtre qualité dans mon palmarès du secteur, et ma méthodologie complète.
- Résultats du T2 2026 (23 juillet) : bénéfice net de 2,2 milliards de dollars, BPA ajusté de 2,10 dollars (légèrement sous le consensus de 2,12 dollars), mais free cash flow trimestriel RECORD de 2,2 milliards de dollars et 1,9 milliard reversé aux actionnaires.
- Qualité rare pour le secteur (11 critères sur 12) : marge nette 33,9 %, croissance des ventes +19,2 %/an sur 5 ans, marge de free cash flow 36,6 %, pas de dette nette. Seul point faible : dilution de 8,7 %/an liée à l'acquisition de Newcrest (2023, ~19 milliards de dollars, payée en actions).
- L'acquisition a fait chuter le free cash flow à seulement 97 millions de dollars en 2023 (année de l'intégration), avant un rebond à 2,96 milliards en 2024 puis 7,3 milliards en 2025 ; la dette suit le chemin inverse, de 8,9 à 5,1 milliards.
- Prix : P/FCF de 11,1 fois, au 34ᵉ percentile de son propre historique 5 ans (décote de 40 % selon mon modèle). L'or à 4 040 dollars (-28 % depuis son pic de janvier 2026) face à un coût de production de 1 621 dollars laisse une marge de plus de 2 400 dollars par once.
- Verdict : une exception sectorielle qui allie qualité fondamentale rare et valorisation basse, mais dont la décote reflète une vraie incertitude sur la trajectoire future du prix de l'or, pas une évidence à sens unique.
FAQ
Pourquoi Newmont a-t-elle raté le consensus des analystes au T2 2026 ?
Le bénéfice ajusté par action (2,10 dollars) et les revenus sont ressortis légèrement sous les attentes du marché (environ 4 % pour les revenus). Mais l'entreprise a généré un free cash flow trimestriel record de 2,2 milliards de dollars, ce qui compte davantage pour juger la qualité réelle du trimestre que l'écart au consensus.
Pourquoi Newmont obtient-elle un score qualité si rare pour une minière aurifère ?
Le secteur minier aurifère échoue presque toujours mon filtre à cause de sa dépendance au prix de l'or et de ses acquisitions souvent dilutives. Newmont valide 11 critères sur 12 grâce à une marge nette de 33,9 %, une croissance de 19,2 %/an sur 5 ans, une marge de free cash flow de 36,6 % et l'absence de dette nette.
Pourquoi le nombre d'actions Newmont a-t-il autant augmenté ?
Newmont a racheté Newcrest Mining en novembre 2023 pour environ 19 milliards de dollars, payés principalement en actions, ce qui a mécaniquement dilué les actionnaires existants. Le free cash flow qui a suivi (2,96 milliards en 2024, 7,3 milliards en 2025) montre que l'acquisition a depuis généré assez de cash supplémentaire pour que l'opération en vaille la peine.
C'est quoi l'AISC dans les résultats d'une minière ?
L'AISC (all-in sustaining cost) est le coût de production tout compris d'une once d'or : il inclut l'extraction mais aussi l'entretien des équipements et le forage de remplacement nécessaires pour que la mine continue à produire dans la durée. Pour Newmont, un AISC de 1 621 dollars face à un or à 4 040 dollars laisse une marge par once d'environ 60 %.
Faut-il acheter l'action Newmont après ces résultats ?
Mon modèle voit une décote d'environ 40 % (prix d'achat raisonnable de 156,02 dollars contre un cours de 93,19 dollars) sur une entreprise à la qualité fondamentale rare pour son secteur. Mais cette décote reflète aussi une vraie incertitude sur la trajectoire future du prix de l'or. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
NEM : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).