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Japon : ces actions de qualité que la France ignore

2026-09-06 ·

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Trois entreprises japonaises, un fabricant de fils de guidage cardiaques, un spécialiste des tests vibratoires et un éditeur de logiciel de caisse, valident aujourd'hui neuf ou dix de mes dix critères de qualité financière, sans jamais être citées en France. Une quatrième affiche une valorisation extrêmement basse que je ne crois pas, pour une raison précise que je détaille.

Pourquoi si peu d'actions japonaises passent mon filtre

Je note chaque action sur dix critères financiers concrets : est-elle rentable, ses ventes et son free cash flow (l'argent qui reste vraiment en caisse une fois toutes les factures et tous les investissements payés) progressent-ils dans la durée, rachète-t-elle ses propres actions plutôt que de les diluer, sa dette reste-t-elle maîtrisable, son rendement du capital investi est-il solide. Le Japon est pourtant la deuxième place boursière mondiale par le nombre de sociétés cotées, et mon écran couvre plusieurs milliers de tickers japonais. Malgré cette taille, une poignée seulement valide neuf ou dix de mes dix critères à un instant donné : un marché longtemps critiqué pour son faible rendement du capital, ses participations croisées entre entreprises et sa réticence historique aux rachats d'actions, trois habitudes qui pèsent directement sur les critères que je mesure.

Cette rareté rend les rares survivantes d'autant plus intéressantes. J'ai vérifié aujourd'hui, ticker par ticker sur mon outil d'analyse plutôt que de recopier un classement en cache, quatre entreprises japonaises qui avaient toutes atteint la note parfaite à un moment ou un autre ces dernières semaines. Aucune des trois qui tiennent encore la barre n'est jamais mentionnée dans la presse financière française, aucune ne possède de sigle à trois lettres familier, et la quatrième mérite un avertissement plutôt qu'une place dans le classement.

Trois profils que mon site n'avait jamais mentionnés

Voici les trois qui tiennent la barre aujourd'hui, avec la valorisation que leur donne mon modèle. La colonne de droite compare le prix actuel à mon prix d'achat raisonnable, le niveau au-delà duquel je considère qu'une action de cette qualité devient chère.

Entreprise (Ticker)SecteurNote qualitéValorisation (P/FCF)Verdict prix aujourd'hui
Asahi Intecc (7747.T)Dispositifs médicaux cardiovasculaires10 sur 1030,8×Décote de 4,5 %
Smaregi (4431.T)Logiciel de caisse en cloud9 sur 1026,1×Décote de 4,1 %
IMV Corporation (7760.T)Systèmes de tests vibratoires9 sur 1014,2×Décote de 4,3 %

Un détail frappe immédiatement : les trois se logent à quelques points de pourcentage seulement de mon prix d'achat raisonnable, ni bradées ni excessivement chères. Le marché a donc déjà repéré une partie de leur qualité, même sans couverture médiatique française. Ce n'est pas une affaire flagrante que je te présente ici, c'est un point aveugle géographique.

Asahi Intecc (7747.T) : le champion discret du fil de guidage cardiaque

Asahi Intecc fabrique des fils de guidage et des cathéters utilisés lors des interventions cardiovasculaires mini-invasives : un cardiologue insère ce fil, fin comme un cheveu, dans une artère pour atteindre une zone bouchée sans ouvrir le thorax. Avec Boston Scientific, Terumo, Abbott et Medtronic, ces cinq entreprises se partagent environ 65 % du marché mondial des fils de guidage. La barrière à l'entrée n'est pas un brevet isolé mais un savoir-faire de fabrication tacite, la capacité à produire un fil ultra-fin d'une régularité extrême, difficile à copier même en connaissant la formule, combinée à une préférence forte et durable des cardiologues pour la marque qu'ils maîtrisent déjà en salle d'opération. En février 2025, Asahi Intecc a lancé en Europe son fil ASAHI Miracle Neo 3, conçu pour améliorer la sécurité lors des reprises de bifurcations complexes, la preuve que l'entreprise continue d'investir dans cette niche plutôt que de se diversifier au hasard.

Le chiffre le plus parlant n'est pas figé, il bouge dans le bon sens. Le free cash flow d'Asahi Intecc était négatif en 2021, à moins d'un milliard de yens. Cinq ans plus tard, il dépasse 32 milliards de yens, une trajectoire qui accompagne un chiffre d'affaires qui a presque doublé sur la même période, tiré par l'expansion aux États-Unis et en Europe où les procédures cardiovasculaires assistées par robotique se multiplient et consomment davantage de ces consommables de précision. C'est exactement le genre de mécanique que je cherche : une niche qui semble ennuyeuse de l'extérieur, mais où la demande structurelle (vieillissement de la population, généralisation de la chirurgie mini-invasive) tire la croissance sans dépendre d'un seul contrat ou d'un seul pays.

Le prix suit cette qualité : à 30,8 fois son free cash flow annuel, Asahi Intecc est la plus chère des trois, et c'est le seul de mes dix critères qu'elle ne valide pas totalement dans mon modèle (signalé comme un point de vigilance plutôt qu'un échec). Le marché paie une prime pour un moat rare et une croissance qui s'accélère plutôt que ralentit, ce que je juge justifié tant que la demande en chirurgie cardiovasculaire mini-invasive continue de croître. Le risque à surveiller : une dépendance quasi totale à un seul type de produit, sans diversification vers d'autres familles de dispositifs médicaux qui amortirait un choc réglementaire ou un remboursement moins généreux dans un grand marché.

Smaregi et IMV Corporation : qualité réelle, mais un point de contrôle qui manque

Smaregi vend un logiciel de caisse en cloud aux commerçants et restaurateurs japonais : plus de 54 900 points de vente actifs début 2026, un chiffre qui grossit avec le basculement du Japon vers le paiement sans espèces et avec la réforme fiscale de 2026 qui numérise le remboursement de la taxe de vente aux touristes, un processus jusqu'ici largement manuel. En mars 2026, Smaregi a lancé Shusse-barai (littéralement « paiement au succès »), un service qui avance jusqu'à 20 millions de yens en un jour ouvré à un commerçant, sans garantie ni caution, en s'appuyant sur l'historique réel de ses encaissements via sa solution de paiement PAYGATE plutôt que sur un dossier bancaire classique. C'est le mécanisme classique du logiciel qui devient aussi prêteur : l'entreprise connaît déjà le chiffre d'affaires réel de son client en temps réel, elle peut donc évaluer un risque de crédit que ferait une banque traditionnelle bien plus lentement.

Son free cash flow a été multiplié par plus de dix en quatre ans (de 214 millions de yens en 2022 à plus de 2,4 milliards en 2026), une trajectoire de croissance composée typique d'un modèle par abonnement où chaque nouveau client s'ajoute à une base de revenus récurrents sans effacer les précédents. IMV Corporation, à l'inverse, vend des systèmes de tests vibratoires : des machines qui simulent en quelques heures des années de vibrations, de chocs et de variations de température, pour vérifier qu'une pièce automobile, un composant aérospatial ou un circuit électronique tiendra le coup avant sa mise en service réelle. Son free cash flow a connu une année franchement négative en 2023 avant de tripler entre 2023 et 2025, un profil bien plus heurté que celui de Smaregi, cohérent avec une activité qui facture de gros équipements ponctuels plutôt que des abonnements mensuels lissés.

Les deux ont perdu un point sur ma grille ces dernières semaines, passant de dix à neuf sur dix : dans les deux cas, le critère qui a basculé porte sur la progression du chiffre d'affaires par employé, un signal que je surveille pour repérer si la croissance vient de vrais gains de productivité ou simplement d'embauches. Ce n'est pas un signal d'alarme en soi, plutôt un rappel que même une note quasi parfaite reste une photo prise à un instant donné, pas une garantie permanente. Sur le volet qualitatif, IMV se distingue par l'absence d'un verrou propriétaire clair : la fabrication de systèmes de tests vibratoires attire d'autres fournisseurs mondiaux capables de proposer une alternative comparable, contrairement à Asahi Intecc où la préférence des praticiens crée une vraie barrière. Smaregi, elle, bénéficie d'un coût de changement réel une fois qu'un commerçant a intégré son système de caisse à sa comptabilité et à ses paiements, mais ce coût de changement reste contestable face à des concurrents cloud internationaux mieux financés.

Une quatrième candidate que je préfère laisser de côté

Une quatrième entreprise, Simplex Financial Holdings, un sponsor de fonds spéculatifs coté sur le TOKYO PRO Market (un compartiment de la Bourse de Tokyo réservé aux investisseurs professionnels, avec des obligations de publication plus légères que le marché principal), affichait elle aussi la note parfaite il y a quelques semaines, et affiche aujourd'hui une valorisation de seulement 1,8 fois son free cash flow annuel, ce qui en ferait, si le chiffre était fiable, la moins chère et la plus rentable des quatre de très loin. Avant de la citer comme une opportunité, j'ai vérifié l'historique de son nombre d'actions en circulation sur cinq ans : 210 millions en 2022, 6,4 millions en 2023, 3,9 millions en 2024, puis 51 millions en 2025. Aucun rachat d'actions réel, même le plus agressif, ne produit une telle scie. C'est la signature d'un problème de donnée, probablement une division ou un regroupement d'actions mal reflété dans la série que j'utilise, pas une histoire économique réelle.

Mon propre modèle confirme l'anomalie autrement : il affiche une décote de plus de 600 % par rapport à mon prix d'achat raisonnable, un chiffre qui n'existe simplement pas dans la réalité d'une action cotée. Sur le plan de l'activité, ce que fait vraiment Simplex Financial Holdings est réel et intéressant : la société accompagne le développement d'une interface de connexion pour les portefeuilles utilisant le JPYC, le stablecoin en yen japonais, un signe du mouvement plus large de tokenisation des actifs financiers au Japon en 2026. Mais un lecteur qui achèterait sur la foi du seul chiffre de valorisation affiché achèterait sur une donnée cassée, pas sur une vraie pépite. Je préfère te montrer pourquoi je l'écarte plutôt que de la citer sans vérification, exactement la méthode que je recommande avant de croire n'importe quel chiffre agrégé, le mien ou celui d'un autre site.

Le prix : trois valeurs proches de leur juste valeur, aucune bradée

Remets ces trois multiples côte à côte : 14,2 fois pour IMV Corporation, 26,1 fois pour Smaregi, 30,8 fois pour Asahi Intecc. Le classement suit presque exactement celui de la solidité du moat que je viens de décrire, du plus fragile (IMV, sans verrou propriétaire clair) au plus robuste (Asahi Intecc, savoir-faire de fabrication et préférence des praticiens). C'est cohérent : le marché paie plus cher pour une qualité qui a de meilleures chances de durer. Aucune des trois ne se négocie avec une franche décote, toutes les trois flottent à quatre ou cinq points de pourcentage de mon prix d'achat raisonnable, ce que je lis comme des actions correctement valorisées plutôt que comme des opportunités évidentes. La vraie information n'est donc pas « fonce », c'est « voici trois entreprises que ton courtier ne mettra jamais sous tes yeux ». Tu peux vérifier chacune de ces fiches en direct sur mon outil d'analyse, et retrouver comment je calcule un prix d'achat raisonnable dans ma méthodologie complète.

À retenir

FAQ

Comment acheter une action japonaise comme Asahi Intecc depuis la France ?

Ces trois valeurs sont cotées uniquement à la Bourse de Tokyo, sous leur ticker suivi de « .T ». Un courtier donnant accès aux marchés internationaux comme Interactive Brokers permet d'y accéder directement. La conversion euro/yen ajoute un risque de change à prendre en compte, en plus du risque propre à chaque entreprise.

Pourquoi une note de qualité peut-elle baisser d'un mois sur l'autre ?

Ma note recalcule dix critères à chaque mise à jour des comptes. IMV Corporation et Smaregi sont passées de dix à neuf sur dix après le recul d'un seul critère, la progression du chiffre d'affaires par employé, un indicateur qui peut fluctuer d'un trimestre à l'autre sans que l'entreprise se dégrade fondamentalement. Une note n'est jamais un acquis permanent, je la revérifie toujours avant de la citer.

La valorisation très basse de Simplex Financial Holdings est-elle une vraie occasion ?

Non, je ne la crois pas. L'historique du nombre d'actions en circulation de cette société varie de façon incohérente d'une année à l'autre, et mon propre modèle affiche une décote supérieure à 600 %, un chiffre impossible pour une action réelle. C'est le signe d'un problème dans la donnée source, pas d'une pépite sous-évaluée. Je préfère l'écarter que de citer un chiffre que je ne crois pas moi-même.

Le marché japonais fonctionne-t-il différemment des marchés occidentaux ?

Depuis 2023, la Bourse de Tokyo fait pression sur les sociétés cotées avec un prix de l'action inférieur à leur valeur comptable pour qu'elles améliorent leur rendement du capital, notamment via davantage de rachats d'actions, une pratique longtemps moins répandue au Japon qu'aux États-Unis. Cette réforme progresse mais reste inégale, ce qui explique en partie pourquoi si peu d'actions japonaises valident encore l'ensemble de mes critères de rendement du capital et de discipline sur le nombre d'actions.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).