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Ces actions industrielles que personne ne remarque

2026-09-08 ·

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Le secteur des machines industrielles de spécialité, ascenseurs, pompes, moteurs marins, réunit près de deux cents entreprises cotées. Vérifié aujourd'hui ticker par ticker : seules trois valident encore la quasi-totalité de mes critères de qualité financière. Leur prix, lui, varie de onze à plus de trente fois le cash généré, pour des raisons que je détaille une par une.

La dernière fois que tu as pris un ascenseur, tu n'as sûrement pas pensé une seconde à qui l'a construit, ni à qui grimpe dedans une fois par mois pour vérifier que le câble tient. Même chose pour le porte-conteneurs que tu as peut-être aperçu au large d'un port, ou pour la pompe qui fait circuler l'eau potable dans ta ville sans que personne n'y prête attention. Ces machines sont partout, elles tombent rarement en panne, et il ne viendrait à l'idée de presque personne d'y voir une action en bourse.

C'est pourtant exactement le genre d'entreprise que mon filtre qualité aime repérer : un besoin physique qui ne disparaît pas avec la prochaine mode, une clientèle captive une fois l'équipement installé, et une facturation qui continue longtemps après la vente initiale. Mon écran range ces fabricants dans une catégorie que la presse financière française ne nomme presque jamais, les machines industrielles de spécialité, ascenseurs, pompes, vannes, moteurs marins, équipements d'emballage. Près de deux cents entreprises cotées dans le monde y répondent aujourd'hui.

J'ai vérifié ce matin, ticker par ticker sur mon outil d'analyse plutôt que de me fier à un classement en cache, lesquelles de ces deux cents valident encore la quasi-totalité de mes dix critères de qualité financière. Il n'en reste que trois. Ce n'était pas le cas il y a encore quelques semaines : la plupart des noms que je m'attendais à retrouver en tête ont glissé d'un cran, presque tous pour la même raison, que je détaille plus bas. Et parmi les entreprises qui restent solidement notées, le prix que le marché accepte de payer varie de onze à plus de trente fois le cash généré, pour des raisons que je peux expliquer une par une plutôt que de les mettre sur le compte du hasard.

Pourquoi la plupart d'entre elles ont perdu un point ce mois-ci

Je note chaque action sur dix critères concrets : est-elle rentable, ses ventes et son free cash flow (l'argent qui reste vraiment en caisse une fois toutes les factures et tous les investissements payés) progressent-ils dans la durée, rachète-t-elle ses propres actions plutôt que de les diluer, sa dette reste-t-elle maîtrisable, son rendement du capital investi est-il solide. Sur les presque deux cents entreprises de machines industrielles de spécialité que couvre mon écran, vingt-trois valident encore au moins huit de ces dix critères aujourd'hui. Un mois plus tôt, la plupart de ces mêmes noms en validaient neuf.

Seules trois tiennent encore neuf ou dix critères sur dix à l'heure où j'écris : Gorman-Rupp, un fabricant américain de pompes industrielles déjà couvert sur mon site, dix sur dix sans le moindre critère en échec ; Krones, un fabricant allemand de lignes d'embouteillage et d'emballage, neuf sur dix ; et Schindler, le géant suisse de l'ascenseur, neuf sur dix également. Tous les autres noms solides du secteur, Wärtsilä, Flowserve, AMETEK, Parker-Hannifin, Graco, KONE, Innio, ont glissé d'un cran ce mois-ci, et six sur sept d'entre eux ont basculé exactement sur le même critère : le chiffre d'affaires par employé, une mesure de productivité qui distingue une croissance qui vient de vrais gains d'efficacité d'une croissance qui vient simplement d'embaucher davantage de monde. Ce n'est pas un effondrement, juste une photo à un instant donné qui rappelle qu'une note n'est jamais acquise pour toujours.

Wärtsilä (WRT1V.HE) : les moteurs qui font avancer les cargos, sans être chers

Wärtsilä fabrique les gros moteurs diesel et désormais bicarburant qui propulsent une partie significative de la flotte marchande mondiale, cargos, porte-conteneurs, méthaniers, ainsi que des centrales électriques de secours utilisées quand le réseau local est instable. Construire un moteur marin de cette taille, capable de tourner des dizaines de milliers d'heures sans faillir, n'est pas à la portée de n'importe quel fabricant industriel : le marché mondial se partage entre une poignée d'acteurs, dont Wärtsilä, et les chantiers navals qui ont déjà intégré la maintenance et les pièces détachées d'une marque à leur flotte changent rarement de fournisseur en cours de route, pour une raison simple, un moteur mal entretenu immobilise un navire entier.

Le carnet de commandes confirme que ce moat tient toujours. Au premier semestre 2026, les prises de commandes de Wärtsilä ont bondi de 23 % à 4,93 milliards d'euros, avec un deuxième trimestre record à lui seul, porté notamment par des commandes de moteurs fonctionnant à l'ammoniac, un carburant sans carbone que le secteur maritime commence tout juste à adopter pour respecter les futures normes d'émissions. Le carnet de commandes total atteint désormais 8,98 milliards d'euros, en hausse de 13 % sur un an : une visibilité de plusieurs trimestres que peu d'industriels peuvent afficher.

Mon modèle valide huit de mes dix critères pour Wärtsilä, avec un seul vrai point faible, le chiffre d'affaires par employé, déjà expliqué plus haut. Le reste de la grille est solide : aucune dette nette, un free cash flow par action qui progresse de plus de 46 % par an sur cinq ans, porté par l'expansion des marges. Et contrairement à Schindler ou Krones plus bas, Wärtsilä ne se valorise pas cher : à 11,9 fois son free cash flow annuel, mon modèle l'estime à seulement 4 % de son prix d'achat raisonnable, quasiment à la valeur juste. Ni une affaire flagrante, ni une action à éviter, un cas rare de qualité sérieuse au prix du marché.

Schindler (SCHP.SW) : l'ascenseur qui facture longtemps après la vente

Un ascenseur, une fois installé dans un immeuble, doit être inspecté et entretenu pendant des décennies pour rester conforme aux normes de sécurité locales. Changer de prestataire de maintenance en cours de route est rare : le nouveau venu doit reprendre la documentation technique d'un équipement qu'il n'a pas conçu, avec la responsabilité légale que cela implique en cas d'accident. Résultat, le fabricant qui a vendu l'ascenseur garde presque toujours le contrat d'entretien pendant toute la durée de vie de l'appareil, souvent vingt ans ou plus. Chez Schindler, l'entretien et la modernisation représentent aujourd'hui environ 45 % du chiffre d'affaires du groupe, un flux de revenus qui ne dépend pas du rythme des nouvelles constructions.

Les résultats annuels 2025 de Schindler, publiés en mars 2026, illustrent bien ce mécanisme : le chiffre d'affaires n'a progressé que de 1,3 % en monnaies locales, mais la marge opérationnelle est passée de 11,2 % à 13,0 % sur l'année, portée justement par ce mix de plus en plus orienté vers l'entretien récurrent plutôt que vers l'installation de nouveaux ascenseurs, un marché plus cyclique et moins rentable.

Sur cinq ans, les ventes de Schindler reculent même très légèrement, de 1,2 % par an en moyenne, ce qui fait échouer ce critère précis dans ma grille. Mais le free cash flow par action, lui, grimpe de 34,6 % par an sur la même période, tiré par l'expansion des marges et par des rachats d'actions réguliers. C'est une leçon utile : une entreprise dont les ventes stagnent peut quand même créer beaucoup de valeur par action, à condition que chaque euro de revenu génère de plus en plus de cash et que le nombre d'actions en circulation diminue. Le hic, c'est le prix : à 19,8 fois son free cash flow annuel, mon modèle affiche une surcote de 36,6 % pour Schindler. Une excellente entreprise, mais dont je n'achèterais pas les actions à ce niveau.

Flowserve (FLS) : les pompes et vannes qui reviennent après la première facture

Flowserve fabrique des pompes, vannes et joints industriels utilisés dans le pétrole et le gaz, la chimie, et de plus en plus dans le nucléaire civil. Comme pour Wärtsilä, la vente initiale n'est qu'une entrée en matière : une raffinerie ou une centrale qui a installé une pompe Flowserve continue d'acheter les pièces détachées et le service après-vente pendant toute la durée de vie de l'installation, souvent plusieurs décennies, parce que remplacer une pièce critique par celle d'un autre fournisseur exige une nouvelle certification coûteuse. Ce flux de pièces et de service, ce que l'industrie appelle l'aftermarket, pèse de plus en plus lourd dans les résultats du groupe.

Au deuxième trimestre 2026, Flowserve a enregistré 1,35 milliard de dollars de nouvelles commandes, en hausse de 26 % sur un an, avec un niveau record de commandes aftermarket. Le groupe a aussi refermé le 30 juin 2026 le rachat de la division vannes de Trillium Flow Technologies, un pari sur la demande croissante d'équipements certifiés pour le nucléaire, un marché où la barrière réglementaire à l'entrée est particulièrement haute. À l'inverse, les ventes au Moyen-Orient reculent d'environ 60 millions de dollars depuis le début de l'année, un rappel que même une entreprise de cette qualité reste exposée à la géopolitique régionale.

Mon modèle valide huit critères sur dix pour Flowserve, avec le même point faible que Wärtsilä sur le chiffre d'affaires par employé, et une dette un peu plus tendue, remboursable en 3,8 ans de cash généré contre moins de 3 ans dans l'idéal. À 26,5 fois son free cash flow annuel, l'action se négocie avec une légère décote de 7,4 % par rapport à mon prix d'achat raisonnable, un profil entre les deux précédents, ni la meilleure affaire ni la plus chère du groupe.

Le tableau : la même grille de qualité, presque un facteur trois sur le prix

Remets ces multiples côte à côte et un motif apparaît : plus le modèle économique dépend de contrats d'entretien récurrents et d'un moat difficile à contourner, plus le marché accepte de payer cher, et inversement. Un détail mérite un avertissement avant le tableau : Krones, le fabricant allemand de lignes d'embouteillage, affiche le P/FCF le plus bas du groupe, 11,5 fois seulement, ce qui pourrait ressembler à la meilleure affaire. Mais son cash par action a bondi de 22,6 % par an sur cinq ans, un rythme que mon modèle ne prolonge volontairement pas tel quel dans le futur, une accélération aussi forte s'essouffle presque toujours. Une fois ce ralentissement anticipé intégré, mon prix d'achat raisonnable tombe très en dessous du cours actuel, d'où une surcote de 73 % malgré un multiple d'apparence basse. Le chiffre affiché seul aurait menti.

Entreprise (Ticker)Ce qu'elle fabriqueCritères validésValorisation (P/FCF)Verdict prix aujourd'hui
Gorman-Rupp (GRC)Pompes industrielles10 sur 1020,6×Surcote de 4,7 %
Krones (KRN.DE)Lignes d'embouteillage9 sur 1011,5×Surcote de 73,2 %
Schindler (SCHP.SW)Ascenseurs et escaliers mécaniques9 sur 1019,8×Surcote de 36,6 %
Wärtsilä (WRT1V.HE)Moteurs marins et centrales8 sur 1011,9×Décote de 4,0 %
Flowserve (FLS)Pompes et vannes industrielles8 sur 1026,5×Décote de 7,4 %
Innio (INIO)Moteurs à gaz industriels8 sur 1022,7×Décote de 3,8 %
Graco (GGG)Pompes de précision, peinture8 sur 1021,7×Décote de 26,8 %
KONE (KNEBV.HE)Ascenseurs et escaliers mécaniques8 sur 1022,7×Surcote de 42,3 %
AMETEK (AME)Instruments de mesure électroniques8 sur 1032,9×Surcote de 67,7 %
Parker-Hannifin (PH)Composants hydrauliques et pneumatiques8 sur 1034,6×Surcote de 60,9 %

Mon verdict : pas de bradée évidente, trois profils à suivre

Aucune des dix ne saute aux yeux comme une franche décote assortie d'une note quasi parfaite, le combo que je préfère. Gorman-Rupp, la seule à dix sur dix, se négocie avec une légère prime de 4,7 %, quasiment à la valeur juste. Wärtsilä et Innio, à huit sur dix mais achetables sous mon prix cible, sont les deux profils que je garde à l'œil en priorité : bonne qualité, un seul critère manquant sur la productivité par employé, et un prix qui laisse encore une petite marge de sécurité. Krones, Schindler, KONE, AMETEK et Parker-Hannifin partagent un point commun, une vraie qualité, mais un prix qui a déjà intégré cette qualité et plus encore. Ce n'est pas une raison de les vendre si tu les détiens déjà, mais ce n'en est pas une non plus pour les acheter à ce niveau selon ma méthode. Tu peux vérifier chacune de ces dix fiches en direct sur mon outil d'analyse, et retrouver comment je calcule un prix d'achat raisonnable dans ma méthodologie complète.

FAQ

Qu'est-ce qu'une entreprise de « machines industrielles de spécialité » ?

C'est une catégorie boursière qui regroupe les fabricants d'équipements industriels très spécifiques plutôt que de biens de grande série : ascenseurs, pompes, vannes, moteurs marins, machines d'emballage. Ce ne sont presque jamais des noms grand public, mais leurs produits sont indispensables à l'industrie, aux infrastructures et au transport maritime, ce qui leur donne une demande stable dans la durée.

Pourquoi Wärtsilä est-elle moins chère que Schindler alors que les deux sont bien notées ?

Le modèle économique diffère. Wärtsilä vend des moteurs neufs pour des navires et des centrales, un marché plus cyclique lié aux commandes de construction navale. Schindler tire près de 45 % de son chiffre d'affaires de contrats d'entretien récurrents sur des ascenseurs déjà installés, un revenu bien plus prévisible. Le marché paie généralement plus cher cette prévisibilité, ce qui explique une bonne partie de l'écart de valorisation entre les deux.

Une entreprise dont les ventes reculent peut-elle rester une bonne action ?

Oui, à condition que le cash généré par action continue de croître. C'est le cas de Schindler : ses ventes reculent légèrement depuis cinq ans, mais son free cash flow par action grimpe de 34,6 % par an grâce à l'expansion des marges et aux rachats d'actions. Ce n'est pas la règle générale, mais un exemple concret que le chiffre d'affaires seul ne raconte pas toute l'histoire.

Un P/FCF bas signifie-t-il toujours qu'une action est sous-évaluée ?

Non, l'exemple de Krones dans cet article le montre bien. Son P/FCF de 11,5 fois est le plus bas du groupe, mais son rythme de croissance récent du free cash flow par action, 22,6 % par an, est probablement temporaire. Une fois ce ralentissement anticipé pris en compte, mon modèle estime l'action en surcote de 73 % malgré ce multiple d'apparence attractive.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).