PEA : ces actions augmentent leur dividende chaque année
2026-09-15 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Avoir un dividende n'est pas la même chose que le voir grandir. J'ai vérifié, versement par versement, l'historique réel de chaque action éligible au PEA que mon filtre note bien. UCB l'augmente sans interruption depuis seize ans. Cegedim, elle, en a versé un seul en onze ans, à moitié prix, et ne promet rien pour la suite.
Payer un dividende n'est pas la même chose que le faire grandir
Tape "action dividende croissant PEA" dans un moteur de recherche et tu tombes vite sur des listes qui cochent une seule case : l'entreprise a-t-elle versé de l'argent à ses actionnaires cette année ? Cette case ne dit rien de la régularité du versement, ni de sa trajectoire. Une entreprise qui verse un demi-euro par action cette année, après onze ans de silence, coche exactement la même case qu'une entreprise qui augmente son dividende sans interruption depuis seize ans.
J'ai voulu vérifier, versement par versement, laquelle des actions éligibles au PEA que mon filtre qualité juge bien notées fait vraiment ce que "dividende croissant" promet. Pas la moyenne lissée sur cinq ans qu'affichent la plupart des sites, qui peut cacher une chute suivie d'un rebond derrière un chiffre d'apparence positive, mais l'historique complet, exercice après exercice.
Rappel rapide pour qui découvre le sujet : le PEA (Plan d'Épargne en Actions) exonère d'impôt sur le revenu les plus-values et dividendes après cinq ans de détention, à condition que le siège social de l'entreprise reste dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. J'ai déjà détaillé cette règle et son évolution récente dans mon article sur la réforme du PEA-PME, et croisé ce filtre avec la valorisation dans mon classement des actions PEA sous-évaluées. Ici, la question est différente : parmi ces actions éligibles, lesquelles augmentent vraiment leur dividende, et lesquelles se contentent d'en verser un de temps en temps ?
Ma méthode : l'historique complet, pas un chiffre moyen sur cinq ans
Le champ "croissance du dividende sur 5 ans" qu'affichent la plupart des screeners est une moyenne annuelle composée entre deux points : la valeur d'il y a cinq ans et celle d'aujourd'hui. Le problème, c'est que cette moyenne ne dit rien du chemin parcouru entre les deux. Une action qui a coupé son dividende de moitié puis l'a fait plus que doubler depuis affichera la même croissance moyenne positive qu'une action qui l'a simplement augmenté de 8 % chaque année, sans à-coup. Les deux n'ont pourtant rien à voir comme placement de revenu.
J'ai donc repris, pour chaque action éligible au PEA que mon filtre note au moins 8 sur 10, l'historique complet des versements disponible sur ma plateforme (remontant parfois jusqu'à l'an 2000), regroupé les versements d'une même année civile (certaines entreprises versent un acompte puis un solde, à des dates différentes), puis vérifié, année après année, si le total montait, stagnait, ou reculait. Je me suis arrêté aux versements effectués jusqu'en 2025 : plusieurs actions affichaient pour 2026 un montant qui ressemblait à une baisse, révélé après vérification comme un versement encore incomplet de l'exercice en cours, pas une vraie coupe.
Sur ce périmètre, une bonne partie des noms qui ressortent bien notés par mon filtre s'écartent vite du PEA-PME au sens strict (plafond de 2 milliards d'euros de capitalisation depuis la réforme de 2024) : ce sont surtout de grandes actions européennes établies, plus stables dans leur politique de versement, qui dominent ce classement précis. Ce n'est pas un biais de méthode, c'est un vrai résultat : la régularité d'un dividende se construit sur des décennies de discipline financière, un luxe que les jeunes entreprises en forte croissance n'ont généralement pas encore.
Le classement : qui augmente vraiment, sans interruption
Voici, du plus long historique ininterrompu au plus court, les actions éligibles au PEA que mon filtre note 8 sur 10 ou mieux et qui ont réellement augmenté leur dividende versé, année après année, jusqu'en 2025.
| Action (ticker) | Secteur | Note qualité | Hausses consécutives (jusqu'en 2025) | Rendement actuel |
|---|---|---|---|---|
| UCB (UCB.BR) | Biopharma | 9/10 | 16 ans | 0,7 % |
| Euronext (ENX.PA) | Opérateur boursier | 8/10 | 6 ans | 2,0 % |
| AXA (CS.PA) | Assurance | 8/10 | 5 ans | 5,4 % |
| Vinci (DG.PA) | Concessions et BTP | 9/10 | 5 ans | 4,5 % |
| Edenred (EDEN.PA) | Paiement salarié | 9/10 | 5 ans | 4,8 % |
| Allianz (ALV.DE) | Assurance | 8/10 | 4 ans | 3,9 % |
| Bureau Veritas (BVI.PA) | Certification | 8/10 | 4 ans | 3,3 % |
| Generali (G.MI) | Assurance | 8/10 | 3 ans | 3,6 % |
| Technogym (TGYM.MI) | Fitness | 10/10 | 3 ans | 3,1 % |
| Amadeus (AMS.MC) | Tech du voyage | 10/10 | 2 ans | 2,8 % |
| ASML (ASML.AS) | Semi-conducteurs | 9/10 | 2 ans | 0,5 % |
| JCDecaux (DEC.PA) | Publicité extérieure | 8/10 | 0 an | 2,7 % |
Deux séries se prolongent déjà d'un exercice de plus, confirmé après ma coupure de calcul : UCB a fait approuver un dividende de 1,45 € par action lors de son assemblée générale du 30 avril 2026, en hausse de 4 % sur 2025, confirmé par UCB elle-même, ce qui porte sa série à 17 ans. Edenred, de son côté, revendique elle-même une sixième hausse consécutive avec le versement annoncé pour 2026. À l'autre bout du tableau, JCDecaux illustre la limite de cet exercice : son dividende, suspendu de 2020 à 2024, n'a repris qu'en 2025, à un niveau encore inférieur à celui de 2019, avant qu'une vraie hausse n'arrive en 2026. Un an à zéro dans mon tableau ne veut donc pas dire que l'action est mauvaise, seulement que sa série de hausses vient tout juste de repartir de zéro.
Un détail mérite d'être corrigé publiquement : dans l'article que j'ai consacré à UCB en juin dernier, j'avais annoncé 25 années consécutives de hausse. Ce nouveau passage systématique sur l'historique brut n'en retrouve que 16 sans interruption stricte jusqu'en 2025, avec un palier, pas une baisse, en 2009, en pleine crise financière. La différence tient probablement à la définition retenue par ma source de l'époque, qui comptait peut-être un palier comme une hausse ou partait d'une année de référence différente. Je préfère corriger que laisser deux chiffres différents circuler sur le même site.
Edenred : la hausse a repris, le prix reste raisonnable
Edenred édite des titres-restaurant et des solutions de paiement dédiées aux entreprises, comme Ticket Restaurant. Le mécanisme qui fait gagner de l'argent à Edenred est moins évident qu'il n'y paraît : l'entreprise cliente crédite le compte de ses salariés en début de mois, mais ceux-ci dépensent cette somme progressivement chez les commerçants partenaires, jour après jour. Entre le moment où Edenred reçoit l'argent et celui où le commerçant le récupère, l'entreprise dispose temporairement de sommes qui ne lui appartiennent pas encore tout à fait : ce mécanisme de flottant, commun à toute entreprise qui gère des paiements différés, génère un revenu financier en plus de la commission prélevée sur chaque transaction.
Ce modèle explique aussi pourquoi 2020 a fait mal : restaurants fermés pendant les confinements, salariés au chômage partiel qui n'utilisaient plus leurs titres, Edenred a réduit son dividende d'environ 19 %, de 0,86 € à 0,70 € par action. Depuis, la reprise est nette et documentée par l'entreprise elle-même : cinq hausses consécutives jusqu'en 2025, une sixième déjà revendiquée pour 2026, soit une progression de plus de 90 % depuis le point bas.
Le prix, lui, reste raisonnable. Edenred se valorise aujourd'hui 6,6 fois son free cash flow, le cash réellement disponible une fois les factures payées, un multiple bas pour une entreprise notée 9 sur 10 par mon filtre. Mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette le cash par action sur cinq ans plutôt que de se fier au seul multiple du jour, ressort à 41,95 $ contre un cours actuel de 28,55 $, soit une décote d'environ 47 %. Avec un taux de distribution de 65 % seulement du cash généré, l'entreprise garde de la marge pour continuer à augmenter ce dividende sans mettre en danger ses investissements.
Euronext : la hausse continue, le prix ne l'est plus vraiment
À ne pas confondre avec Euronext Athens Holding, sa filiale grecque que j'ai déjà citée dans mon article sur le PEA-PME : Euronext N.V. est la maison mère, cotée à Paris, qui exploite les bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin, Milan et Oslo. Une bourse gagne de l'argent de deux façons complémentaires : une commission sur chaque transaction exécutée, variable et dépendante du volume échangé, et un abonnement récurrent pour l'accès aux données de marché en temps réel, vendu aux banques, fonds et plateformes de trading, plus stable et prévisible. C'est cette seconde source de revenu qui explique une bonne partie de la régularité du dividende.
Le dividende versé a augmenté six années de suite entre 2020 et 2025, de 1,45 € à 2,90 € par action, soit un quasi doublement en cinq ans. Une septième hausse est déjà confirmée pour 2026 : 3,18 € par action, en hausse de 9,8 %, annoncé officiellement par Euronext, qui reverse la moitié de son bénéfice net à ses actionnaires par politique affichée.
Le prix, en revanche, n'est plus une aubaine. Euronext se valorise 23,8 fois son free cash flow, et mon modèle situe le prix d'achat raisonnable à 57,54 $ contre un cours actuel de 157,70 $, soit une action qui se traite environ 64 % au-dessus de ce que je considère comme un point d'entrée sûr. C'est exactement le genre de situation où qualité et prix racontent deux histoires différentes : une entreprise qui augmente son dividende sans faute depuis six ans n'est pas automatiquement une occasion d'achat aujourd'hui. Les deux jugements, qualité et prix, restent toujours séparés dans ma méthode.
Cegedim : le piège que le rendement, à lui seul, ne voit jamais
Cegedim est une entreprise française de technologie et de données de santé, cotée sur Euronext Paris, notée 8 sur 10 par mon filtre. Si tu cherches "actions PEA qui versent un dividende" dans un screener basique, elle y figure aujourd'hui, puisqu'elle a versé 0,50 € par action en 2022. C'est là que le piège se referme : ce genre de filtre ne demande jamais depuis quand, ni si ça va continuer.
L'historique réel raconte une tout autre histoire. De 2000 à 2011, Cegedim a effectivement augmenté son dividende chaque année, de 0,33 € à 1,00 € par action. Puis plus rien pendant onze ans. Le versement de 2022, celui que capte le screener aujourd'hui, n'est pas une reprise de la hausse : c'est un versement unique, à la moitié du dernier montant versé en 2011, et rien n'a été reversé depuis.
Cegedim le dit elle-même sur sa page investisseurs : le groupe "ne prévoit pas de verser de dividendes réguliers en numéraire", une décision qui reste à la discrétion de son conseil d'administration selon les résultats, la trésorerie disponible et les clauses de ses emprunts. Ce n'est pas un problème de solvabilité affiché publiquement, c'est un choix assumé de ne pas s'engager sur une politique de versement régulière, ce qu'aucun taux de rendement affiché à un instant donné ne peut révéler.
Comment vérifier ça toi-même avant d'acheter
Trois réflexes suffisent. D'abord, cherche la page "dividend history" ou "historique des dividendes" sur le site investisseurs de l'entreprise, souvent plus complète en anglais que la version française, plutôt que le seul rendement affiché par ton courtier. Ensuite, compte les années une par une, plutôt que de te fier à une moyenne sur 5 ans : un palier ou une coupe se cache facilement derrière un chiffre moyen positif.
Enfin, cherche une phrase explicite sur la politique de l'entreprise, souvent dans le rapport annuel ou la page "shareholders" : certaines s'engagent formellement à augmenter leur dividende chaque année, comme UCB ou Edenred, qui documentent leur propre série sur leur site, d'autres, comme Cegedim, préviennent clairement qu'elles ne le feront pas. C'est cette phrase, plus que le montant du dernier versement, qui te dit à quoi t'attendre l'an prochain. Mon screener complet et ma méthodologie détaillent comment je construis la note de qualité sur 10 qui sert de premier filtre avant ce genre de vérification manuelle.
- UCB affiche la plus longue série sans interruption stricte de ce classement : 16 ans vérifiés jusqu'en 2025, 17 en comptant la hausse déjà approuvée pour 2026.
- Edenred a coupé son dividende de 19 % en 2020, puis enchaîné cinq hausses jusqu'en 2025 (une sixième déjà revendiquée pour 2026), et se valorise encore à une décote d'environ 47 % selon mon modèle.
- Euronext augmente son dividende versé depuis six ans, mais se traite aujourd'hui environ 64 % au-dessus de mon prix d'achat raisonnable : bonne entreprise, mauvais moment.
- Cegedim a versé un dividende en 2022 après onze ans sans rien verser, à la moitié du dernier montant, et dit elle-même ne pas prévoir de régularité : un rendement affiché ne dit jamais depuis quand ni pour combien de temps.
- Vérifie toujours l'historique complet, année par année, sur le site investisseurs de l'entreprise plutôt qu'un seul chiffre de rendement ou une moyenne sur 5 ans.
FAQ
Qu'est-ce qui différencie un dividende qui existe d'un dividende qui grandit ?
Un dividende "qui existe" veut simplement dire qu'un versement, même unique ou ancien, a eu lieu. Un dividende qui grandit implique une hausse réelle et si possible régulière, exercice après exercice. La plupart des filtres boursiers ne distinguent pas les deux : ils cochent la même case pour une entreprise qui augmente son dividende depuis 16 ans et pour une autre qui en a versé un seul en onze ans.
Le rendement affiché par mon courtier suffit-il à juger la qualité d'un dividende ?
Non. Le rendement, le montant annuel divisé par le cours de l'action, est un instantané, pas une trajectoire. Une action peut afficher un rendement élevé simplement parce que son cours a chuté, ou un rendement modeste tout en augmentant son dividende chaque année depuis des décennies, comme UCB. Il faut regarder l'historique complet, pas la photo du jour.
Ces actions sont-elles toutes éligibles au PEA classique, ou seulement au PEA-PME ?
Toutes celles de ce classement sont éligibles au PEA classique : leur siège social se situe dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, la seule condition légale, indépendamment de leur taille. Plusieurs, comme UCB, Allianz ou ASML, dépassent largement le plafond de capitalisation du PEA-PME, fixé à 2 milliards d'euros depuis la réforme de 2024 détaillée dans mon article dédié.
Où puis-je vérifier moi-même l'historique de versement d'une action ?
Directement sur le site investisseurs de l'entreprise, en cherchant "dividend history" ou "investor relations", qui publie généralement un tableau complet, exercice par exercice. C'est la source la plus fiable, plus complète que le résumé sur 5 ans qu'affichent la plupart des courtiers et agrégateurs financiers.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).