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Faut-il acheter l'action Sanofi (SNY) en 2026 ?

2026-08-03 ·

SNY : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Sanofi ne valide que 5 de mes 10 critères de qualité : une rentabilité correcte, mais une croissance des ventes et du free cash flow par action trop faibles, voire en déclin. Le prix semble raisonnable (16,5 fois le free cash flow), mais mon modèle indique une surcote sévère de 53 %. Voici comment une qualité moyenne et un prix apparemment sage peuvent quand même former un mauvais pari.

Le nom que tout le monde connaît, la question que presque personne ne pose

Sanofi fait partie de ces entreprises que tout le monde connaît sans forcément savoir qu'elle est cotée en bourse : un des plus gros employeurs pharmaceutiques de France, un nom qui revient sans cesse dans l'actualité santé. Ce genre de notoriété pousse souvent à un raccourci dangereux : une entreprise aussi installée serait forcément un investissement sûr. C'est exactement la confusion que je refuse de faire. La taille et la notoriété ne disent rien sur la qualité financière du business, ni sur le prix auquel il se négocie aujourd'hui.

Le déclencheur immédiat, c'est la bonne surprise du 30 juillet : Sanofi a publié un bénéfice par action de 2,09 dollars pour le deuxième trimestre 2026, largement au-dessus des 1,92 dollar attendus par les analystes (+8,9 %), et des ventes de 13,48 milliards de dollars, elles aussi supérieures au consensus. Une belle publication trimestrielle. Mais mon approche ne juge jamais une action sur un seul trimestre : elle regarde la tendance sur cinq ans, bien plus difficile à maquiller qu'un chiffre isolé. Et sur cinq ans, l'histoire de Sanofi est plus nuancée que ce trimestre ne le laisse penser.

Une entreprise rentable, mais qui grandit à peine

Sanofi ne valide que 5 de mes 10 critères financiers. Elle est rentable (marge nette de 17,2 %) et maîtrise son nombre d'actions en circulation (léger recul de 0,49 % par an, signe de rachats nets plutôt que de dilution). Mais deux signaux inquiètent bien davantage : la croissance des ventes sur cinq ans ne dépasse pas 2,7 % par an, très en dessous de mon seuil de 10 %, et le free cash flow par action recule de 6,2 % par an sur la même période. Ce n'est pas un ralentissement, c'est un vrai déclin : la quantité de cash que génère chaque action Sanofi aujourd'hui est plus faible qu'il y a cinq ans. Troisième signal négatif : mes critères détectent une compression des marges, les coûts progressant plus vite que les revenus.

Ce déclin du cash par action peut surprendre quand on sait que Dupixent, le traitement vedette de Sanofi contre l'eczéma sévère, l'asthme et d'autres maladies inflammatoires, a bondi de 31 % au premier trimestre 2026 pour atteindre 4,2 milliards d'euros de ventes, et que la direction a même relevé sa prévision de croissance annuelle à environ 10 % à taux de change constants. Le mécanisme qui explique cet apparent paradoxe est classique en pharma : c'est ce qu'on appelle la falaise des brevets. Les anciens médicaments vedettes de Sanofi perdent progressivement leur protection par brevet et se retrouvent concurrencés par des génériques bien moins chers, ce qui érode leurs ventes années après années. Pour l'instant, un seul produit, Dupixent, porte l'essentiel de la croissance du groupe, pendant que Sanofi réinvestit massivement en recherche pour défendre ce succès (une nouvelle formulation à dosage trimestriel en essais cliniques dès le second semestre 2026, une extension vers l'asthme à haute dose) et pour construire l'après-Dupixent avec un pipeline diversifié : deux molécules prometteuses, lunsekimig contre l'asthme et amlitelimab contre la dermatite atopique, viennent de livrer des résultats positifs en phase II. Cet effort de recherche continu pèse sur les marges et sur le cash disponible aujourd'hui, en échange d'un pari sur la croissance de demain.

Ce que je ne peux pas calculer, et pourquoi je le dis

Deux de mes critères restent non calculables pour Sanofi, faute de données suffisantes chez mon fournisseur de données financières : le rendement du capital investi en cash (les actifs totaux ne sont pas disponibles) et le délai d'encaissement net. Je préfère le dire clairement plutôt que d'inventer un chiffre : mon score de 5/10 ignore ces deux critères plutôt que de les compter comme des échecs par défaut. Un dernier signal mérite attention : seulement 43 % du bénéfice comptable de Sanofi se transforme en cash réellement disponible, sous mon seuil de 100 %. Une partie du profit affiché reste donc sur le papier, un phénomène courant chez les grands groupes pharmaceutiques où la R&D capitalisée, les provisions juridiques et les amortissements créent un écart entre bénéfice comptable et cash réel.

Le prix : bon marché face à ses pairs, cher face à son propre miroir

Sanofi se valorise aujourd'hui 16,5 fois son free cash flow (le P/FCF). Comparé à ses pairs de la pharma mondiale (AbbVie à 21,1 fois, Merck à 22,4 fois, AstraZeneca à 33,5 fois, Eli Lilly à 53,7 fois), ce niveau la place au 34ᵉ percentile du secteur : elle est moins chère que la médiane de ses concurrents. Sur ce seul critère, l'action a l'air d'une affaire.

Mais il faut aussi la comparer à elle-même. Située dans son propre historique des cinq dernières années, ce même P/FCF de 16,5 fois se classe au 79ᵉ percentile : Sanofi a rarement payé aussi cher pour son propre cash. Autrement dit, l'action est bon marché par rapport à un secteur globalement valorisé avec prudence, mais chère par rapport à ses propres standards historiques, où elle s'échangeait souvent moins cher encore.

Troisième temps, le verdict, et c'est ici que mon modèle diverge le plus du multiple brut : je ne me contente pas d'observer le P/FCF actuel, je projette la trajectoire du cash par action sur cinq ans. Or cette trajectoire est aujourd'hui négative (-6,2 % par an). Un P/FCF de 16,5 fois appliqué à un cash par action qui rétrécit vaut beaucoup moins qu'un P/FCF identique appliqué à un cash par action qui progresse. C'est ce qui explique que mon modèle situe le prix d'achat raisonnable à seulement 20,21 dollars, contre un cours actuel de 42,95 dollars, soit une surcote de 52,9 %.

Le vrai débat : Dupixent peut-elle porter tout le groupe seule ?

Toute la thèse Sanofi tient dans cette tension. D'un côté, l'élan de Dupixent est réel et documenté (+31 % au premier trimestre, guidance annuelle relevée), et les premiers résultats du pipeline de diversification (lunsekimig, amlitelimab) suggèrent que la stratégie de défense et d'extension progresse. Si ces nouveaux relais prennent le relais avant l'érosion des anciens médicaments et avant même l'échéance du brevet de Dupixent en 2031, le déclin actuel du cash par action pourrait s'inverser. De l'autre côté, ma méthode se fie à la tendance réalisée sur cinq ans, pas aux promesses de pipeline : et cette tendance montre une croissance des ventes trop faible et un cash par action qui recule, pendant qu'un seul produit porte l'essentiel de la dynamique. Le marché, lui, ne semble pas avoir totalement anticipé ce risque de concentration, ce qui explique l'écart entre le multiple apparemment sage et le verdict sévère de mon modèle.

Comment je tranche

Sanofi n'est pas une mauvaise entreprise : elle reste rentable, avec un vrai succès commercial en Dupixent et un pipeline de diversification qui montre des signaux encourageants. Mais ma grille de qualité (5/10) et mon modèle de prix pointent tous deux dans la même direction inhabituelle pour un grand nom pharmaceutique réputé stable : qualité moyenne, prix qui ne l'est pas moins malgré des apparences trompeuses. Je ne parie pas contre Sanofi, je note un prix et j'attends qu'il vienne à moi. Tu peux suivre ces chiffres en direct sur la fiche d'analyse de Sanofi, et comprendre en détail comment je calcule ce prix d'achat raisonnable dans ma méthodologie complète.

FAQ

Sanofi est-elle une action de qualité selon votre méthode ?

Seulement 5 critères sur 10 validés : Sanofi est rentable et maîtrise son nombre d'actions, mais sa croissance des ventes (2,7 %/an) et surtout son free cash flow par action (-6,2 %/an, en déclin) sont sous mes seuils, avec des marges en compression.

Pourquoi le free cash flow par action de Sanofi recule-t-il alors que Dupixent explose ?

C'est la falaise des brevets classique en pharma : les anciens médicaments de Sanofi perdent leur protection et sont concurrencés par des génériques, érodant les ventes, pendant qu'un seul produit (Dupixent) porte l'essentiel de la croissance et que la R&D de diversification (lunsekimig, amlitelimab) pèse sur le cash disponible aujourd'hui.

Un P/FCF de 16,5 fois n'est-il pas bon marché pour Sanofi ?

Il l'est face aux pairs du secteur (34ᵉ percentile, moins cher que la médiane). Mais face à son propre historique des cinq dernières années, ce même niveau se classe au 79ᵉ percentile : Sanofi a rarement payé aussi cher pour son propre cash.

Que va changer l'échéance du brevet de Dupixent en 2031 ?

Le brevet principal de Dupixent expire en 2031, ce qui laisse à Sanofi une fenêtre pour construire l'après-Dupixent : nouvelle formulation à dosage trimestriel en essais dès le second semestre 2026, extension vers l'asthme à haute dose, et un pipeline diversifié (lunsekimig, amlitelimab) qui vient de livrer des résultats de phase II positifs.

Faut-il acheter l'action Sanofi maintenant ?

Ma grille de qualité est mitigée (5 critères sur 10), et mon modèle de prix indique une surcote sévère de 52,9 % qui ne laisse aucune marge de sécurité au cours actuel. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches avant toute décision.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).