Wall Street : 4 bonnes actions au plus bas de leur histoire
2026-10-02 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Quatre actions de Wall Street de grande qualité cotent près du plus bas de leur propre historique de prix : Intuit, MercadoLibre, Mercury General et Chipotle. Mais un prix bas pour soi n'est pas un prix bas dans l'absolu : Mercury General se valorise 3,9 fois son cash, Chipotle 29,6 fois.
Que veut dire « au plus bas de son histoire » ?
Ma grille note la qualité d'un business sur dix critères (marges, croissance du cash par action, dette, rendement du capital), séparément du prix. Pour le prix, j'utilise le P/FCF : le prix de l'action rapporté au cash que l'entreprise dégage vraiment une fois ses factures payées. Un P/FCF de 14 signifie que tu paies 14 ans de ce cash. Plus il est bas, plus l'action est bon marché.
Le chiffre brut ne suffit pas, parce qu'une même valeur peut être chère à 30 et bon marché à 30 selon l'histoire de la société. Je regarde donc aussi où le P/FCF actuel se situe dans son propre passé : un rang de 0 veut dire que le prix n'a jamais été aussi bas dans l'historique dont je dispose (quelques années, selon la société). J'ai cherché parmi les valeurs américaines les plus notées celles qui cumulent une note élevée et ce plancher historique.
Quatre sociétés de qualité au plancher de leur propre prix
| Société (ticker) | Note de qualité | P/FCF actuel | Rang dans son historique | Cours | Prix d'achat estimé |
|---|---|---|---|---|---|
| Intuit (INTU) | 10/10 | 13,8× | moins de 1 % | 283 $ | 613 $ |
| MercadoLibre (MELI) | 10/10 | 15,1× | le plus bas observé | 1 685 $ | 4 820 $ |
| Mercury General (MCY) | 10/10 | 3,9× | 5ᵉ percentile | 100 $ | 254 $ |
| Chipotle (CMG) | 9/10 | 29,6× | le plus bas observé | 32,3 $ | 33,9 $ |
Le prix d'achat estimé est celui où mon modèle donnerait un rendement annuel de 15 % en cinq ans, avec une croissance du cash par action et un multiple de sortie propres à chaque société. C'est une estimation à discuter, pas une vérité : plus la croissance supposée est élevée, plus ce prix grimpe. Regarde surtout l'écart avec le cours : très large pour trois d'entre elles, quasi nul pour Chipotle.
Ce que le cash a fait pendant que le prix baissait
| Société | Cash libre au départ | Cash libre en 2025 (exercice 2025 pour Intuit) | Nombre d'actions sur la période |
|---|---|---|---|
| Intuit | 3,2 Md$ (2021) | 6,1 Md$ | 273 M à 283 M (+3,7 %) |
| MercadoLibre | -0,4 Md$ (2021) | 5,4 Md$ | 49,8 M à 50,7 M (+1,8 %) |
| Mercury General | 0,57 Md$ (2020), creux à 0,32 Md$ en 2022 | 1,03 Md$ | stable à 55,4 M |
| Chipotle | 0,84 Md$ (2021) | 1,45 Md$ (pic à 1,51 Md$ en 2024) | 1 426 M à 1 343 M (-5,8 %) |
Les quatre ont vu leur cash libre au minimum doubler pendant que leur prix se tassait. C'est exactement ce qui fabrique un plancher de valorisation : le cash monte, le cours ne suit pas. Une nuance sur Intuit : le nombre d'actions ne baisse pas, parce que la rémunération en actions des salariés (environ 26 % du cash libre) absorbe les rachats.
Pourquoi le marché les évite : un mécanisme par société
**Intuit** a publié pour l'exercice clos le 31 juillet 2026 un chiffre d'affaires en hausse de 14 % à 21,4 Md$, avec un quatrième trimestre à 4,4 Md$ également en hausse de 14 % (communiqué de résultats d'Intuit). Rien d'un business qui s'effondre. Ce que le marché anticipe, c'est la peur que des agents d'IA fassent à la déclaration d'impôts et à la comptabilité ce que le logiciel a fait au papier. Mon propre test de résilience à l'IA y voit d'ailleurs une vraie fragilité : le rôle économique futur de la société est sa principale contrainte. La décote est donc un pari sur la peur, pas une évidence.
**MercadoLibre** a vu son chiffre d'affaires bondir de 50 % à 10,2 Md$ au deuxième trimestre 2026, le trentième trimestre d'affilée au-dessus de 30 % de croissance, mais son résultat d'exploitation a reculé de 17 % à 683 M$, soit 6,7 % de marge (résultats du T2 2026). La direction investit volontairement dans la livraison gratuite, le crédit et le commerce transfrontalier. Le marché punit la marge qui baisse et oublie que le cash libre a presque doublé en deux ans (3,1 puis 5,4 Md$). Si ces investissements créent un avantage durable, le multiple actuel est une aubaine ; sinon, c'est une marge qui ne remontera pas.
**Mercury General** assure surtout les voitures en Californie. Au deuxième trimestre 2026, son résultat net est monté de 58 % à 263,5 M$ et son ratio combiné (les sinistres et frais payés pour 100 $ de primes ; sous 100, l'assureur gagne de l'argent sur l'assurance elle-même) est passé de 92,5 % à 89,9 % (communiqué du T2 2026). Le P/FCF de 3,9 a un piège que je te dois : un assureur encaisse les primes avant de payer les sinistres, et cet argent qui dort temporairement gonfle artificiellement son cash libre. Un multiple aussi bas tient donc en partie à un effet de trésorerie, et les incendies de Californie ont montré que les réserves peuvent se creuser d'un coup.
**Chipotle** a vu au deuxième trimestre ses ventes à restaurants comparables progresser de 2,2 % (1,2 % de panier moyen, 1,0 % de fréquentation), pour un chiffre d'affaires de 3,3 Md$ en hausse de 9,3 %, et a relevé sa prévision annuelle (annonce du 29 juillet 2026). Le marché a surtout retenu que la croissance des ventes à périmètre constant a fortement ralenti. Le cash libre, lui, plafonne depuis 2024, et mon critère sur le chiffre d'affaires par employé est le seul à échouer nettement.
Bas pour elle ne veut pas dire bon marché
C'est le point que ce classement met en lumière. Chipotle et Mercury General sont toutes deux au plancher de leur historique, mais l'une se valorise 29,6 fois son cash et l'autre 3,9 fois. À 29,6 fois, Chipotle reste une action chère : son prix actuel est à peu près celui où mon modèle donne 15 % par an, sans marge de manœuvre. L'histoire d'un titre dit où il en est par rapport à lui-même, jamais s'il est bon marché. Il faut les deux lectures, et la [marge de sécurité]](/blog/marge-securite-prix-achat-raisonnable-methode-lubin) fait le reste.
Mon classement de l'intérêt, à date : MercadoLibre et Intuit portent le plus grand écart avec leur prix d'achat estimé, mais pour des raisons opposées (une marge volontairement sacrifiée, une peur de disruption que je ne sais pas mesurer). Mercury General est la moins chère en apparence, avec l'avertissement sur la trésorerie d'assureur. Chipotle est une belle entreprise payée à peu près son prix. Ces quatre valeurs cotent en dollars, hors PEA, sur un compte-titres ordinaire, et un plancher peut toujours descendre plus bas.
C'est ce tri, la qualité d'abord, le prix ensuite, puis la position du prix dans son propre passé, que je voulais pouvoir faire sur n'importe quelle action : j'ai construit mon outil pour ça. Tu peux lire le détail sur les fiches Intuit, MercadoLibre, Mercury General et Chipotle, ou relire la méthode en deux étapes.
FAQ
Que signifie qu'une action est au plus bas de son historique de valorisation ?
Son P/FCF actuel, c'est-à-dire le prix de l'action rapporté au cash qu'elle dégage, est inférieur à presque toutes les valeurs observées dans son propre passé. Cela ne dit pas qu'elle est bon marché dans l'absolu : une action peut être au plancher de son histoire en restant chère.
Pourquoi Mercury General affiche-t-elle un multiple aussi bas ?
Une partie vient d'un effet de trésorerie propre aux assureurs : les primes sont encaissées avant le paiement des sinistres, ce qui gonfle le cash libre. Il faut donc relativiser ce 3,9× et surveiller les réserves, notamment après les incendies de Californie.
Peut-on acheter ces quatre actions dans un PEA ?
Non. Intuit, MercadoLibre, Mercury General et Chipotle sont cotées aux États-Unis et ne sont pas éligibles au PEA français. Elles se détiennent sur un compte-titres ordinaire, avec un risque de change sur le dollar.
Le prix d'achat estimé est-il une prévision ?
Non. C'est le prix où mon modèle donnerait 15 % de rendement annuel sur cinq ans avec des hypothèses de croissance et de multiple de sortie. Il change si ces hypothèses changent, et il faut le lire comme un ordre de grandeur.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).