Actions américaines sous-évaluées : 3 vraies, 3 réserves
2026-10-26 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Aux États-Unis, la bonne affaire existe, mais elle cache souvent un défaut qu'il faut savoir lire. Parmi les valeurs de qualité qui cotent bas, Booking, Mercury General et Deckers ressortent comme de vraies occasions. Firstcash, Autoliv et Las Vegas Sands ont chacune une faille chiffrée qui explique leur décote.
Pourquoi presque rien n'est bradé à Wall Street
Le marché américain est le plus scruté du monde. Quand une entreprise gagne beaucoup d'argent, année après année, des milliers d'analystes l'ont déjà repérée et son cours en tient compte. C'est pourquoi une action américaine de grande qualité se valorise rarement bas. Quand elle le fait, il y a presque toujours une raison, et tout le travail consiste à la trouver.
Je juge deux choses séparément. D'abord la qualité du business, une note sur 10 critères : marges, croissance des ventes et du cash par action, rachats d'actions, dette, rendement du capital. Ensuite le prix, mesuré par le P/FCF : le prix de l'action divisé par le free cash flow, c'est-à-dire l'argent réellement disponible une fois toutes les factures payées. Un P/FCF de 10 veut dire que tu paies dix années de ce cash. J'ai pris les valeurs américaines notées 9 ou 10 sur 10 que mon outil signale comme des opportunités, et j'ai comparé chaque prix à l'historique de la même action. Le dernier critère se lit ainsi : « 2 % les plus bas » signifie que son prix n'a été plus bas que dans 2 % des cas passés.
| Action | Note qualité | P/FCF | Position dans son historique | Taille (Md$) |
|---|---|---|---|---|
| Booking (BKNG) | 10 sur 10 | 13,4 | 2 % les plus bas | 117 |
| Mercury General (MCY) | 10 sur 10 | 4,0 | 7 % les plus bas | 6 |
| Deckers (DECK) | 9 sur 10 | 10,5 | 6 % les plus bas | 12 |
| Firstcash (FCFS) | 9 sur 10 | 11,7 | 2 % les plus bas | 8 |
| Autoliv (ALV) | 9 sur 10 | 11,3 | 7 % les plus bas | 8 |
| Las Vegas Sands (LVS) | 9 sur 10 | 9,0 | 6 % les plus bas | 25 |
Les trois vraies occasions
Booking (sa fiche) fait tout bien sur le papier : le free cash flow par action progresse de 24 % par an sur cinq ans et le nombre d'actions baisse de 6,5 % par an grâce aux rachats. Le modèle explique pourquoi : le voyageur paie à la réservation, l'hôtel est réglé plus tard, donc la société encaisse avant de payer. Au deuxième trimestre 2026, son free cash flow atteint 3,6 Md$, en hausse de 16 % selon le communiqué déposé à la SEC. Attention à un piège de lecture : le cours d'environ 156 $ paraît minuscule face aux 4 100 $ d'avant, mais c'est le fractionnement 25 pour 1 du 2 avril 2026, pas une promotion.
Ce que le marché punit, c'est le cycle du voyage : le patron Glenn Fogel parle lui-même d'incertitude géopolitique et macroéconomique. Ma lecture : la décote est en partie méritée pour une activité cyclique, mais son ampleur est excessive face à un cash qui continue de croître de 16 %.
Mercury General (fiche) se valorise 4 fois son free cash flow, ce qui paraît presque trop beau. Il faut comprendre le mécanisme : un assureur encaisse les primes tout de suite et paie les sinistres plus tard. Quand les primes progressent (+9,6 % au deuxième trimestre), ce décalage, le float, gonfle le cash libre sans qu'il soit entièrement gagné. Le bon test est le ratio combiné, qui additionne sinistres et frais rapportés aux primes : sous 100 %, l'assurance gagne de l'argent par elle-même. Mercury l'a ramené à 89,9 % contre 92,5 % un an plus tôt, selon son communiqué du deuxième trimestre. Mais la comparaison profite d'une base faible, avec les incendies de Los Angeles qui avaient coûté environ 460 M$ au premier semestre 2025. Une vraie occasion, avec un cash moins bon marché qu'il n'y paraît.
Deckers (fiche), c'est Hoka et UGG. Son free cash flow par action croît de 49,6 % par an sur cinq ans et elle détient plus de trésorerie que de dette. Ce qui pèse : la croissance retombe. Au trimestre clos fin septembre, les ventes progressent de 3,5 % à 1,48 Md$, contre 15,7 % par an en moyenne sur cinq ans, avec des ventes en ligne et en boutique propres en baisse selon le communiqué. Le marché paie une marque qui ralentit, pas une marque qui s'effondre. À 10,5 fois son cash, dans les 6 % les plus bas de son historique, je trouve le doute généreusement payé.
Les trois qui demandent une réserve
| Action | Ce qui est solide | Ce qui coince | Verdict |
|---|---|---|---|
| Booking | Cash par action +24 %/an, rachats | Cycle du voyage | Occasion |
| Mercury General | Ratio combiné 89,9 % | Cash gonflé par le float, incendies | Occasion nuancée |
| Deckers | Cash par action +49,6 %/an, trésorerie nette | Ventes qui ralentissent à +3,5 % | Occasion |
| Firstcash | Ventes +13,7 %/an, rachats | Dette de 3,3 ans de cash, seuil à 3 | Réserve |
| Autoliv | Rachats, cash par action +29 %/an | Marge de cash de 6,8 %, ventes +6,9 %/an | Réserve |
| Las Vegas Sands | Rachats de 950 M$ au trimestre | Dette de 4,5 ans de cash, cash par action stable | Réserve |
Firstcash (fiche), le prêteur sur gages, publie des résultats records au troisième trimestre 2026, avec des prêts sur gages à un record de 908 M$ d'après son communiqué. Le défaut est dans le bilan : sa dette représente 3,3 années de free cash flow, au-dessus de ma limite de 3 ans, et il faut 123 jours pour transformer ses stocks et prêts en cash. Un prêteur sur gages immobilise de l'argent dans ses prêts, ce qui explique ce délai, mais cela le rend plus fragile si le crédit se tend.
Autoliv (fiche) fabrique airbags et ceintures de sécurité. Son problème est la marge : sur 100 $ de ventes, 6,8 $ finissent en cash, contre plus de 31 $ chez Booking, parce que les constructeurs automobiles négocient les prix très durement. Ses ventes ne progressent que de 6,9 % par an. Elle coche encore la plupart de mes critères grâce aux rachats d'actions, mais son prix bas reflète une activité à faible marge liée au cycle de l'auto.
Las Vegas Sands (fiche) est le cas le plus instructif. À 9 fois son cash, elle paraît bon marché, pourtant son cours de 35,68 $ reste au-dessus de mon prix d'achat raisonnable de 25,61 $. Raison : son cash par action n'a presque pas bougé depuis cinq ans, et sa croissance de ventes de 33,8 % par an est gonflée par la reprise après le Covid. Au troisième trimestre, l'EBITDA de Marina Bay Sands à Singapour tombe à 590 M$ contre 743 M$, selon le communiqué, tandis que la société rachète 950 M$ d'actions. Un multiple bas sur un cash qui ne grandit pas n'est pas une occasion.
Ce que cette liste ne dit pas
Elle ne dit pas d'acheter. Un prix bas pour la qualité est un point de départ : il faut ensuite savoir pourquoi il est bas, ce que j'ai fait ici cas par cas. Pour un autre angle sur le même univers, lis les bonnes actions de Wall Street proches de leur plus bas historique. Les cours bougent chaque jour : c'est pour pouvoir refaire ce tri sur n'importe quel marché que j'ai construit mon screener, dont la logique est détaillée dans la méthodologie.
FAQ
Pourquoi si peu d'actions américaines sont-elles sous-évaluées ?
Parce que le marché américain est le plus suivi au monde : une entreprise de qualité y est vite repérée et son cours monte. Quand une valeur de qualité cote bas, il y a presque toujours une raison à comprendre, comme le cycle, la dette ou une marge fine.
Un P/FCF bas suffit-il pour dire qu'une action est sous-évaluée ?
Non. Un P/FCF bas peut cacher un cash qui ne croît pas, une dette lourde ou un cash gonflé par un décalage temporaire, comme le float d'un assureur. Il faut le lire avec la qualité du business et la trajectoire du cash par action.
Mercury General à 4 fois son cash est-elle vraiment si bon marché ?
Moins qu'il n'y paraît. Un assureur encaisse ses primes avant de payer les sinistres, ce qui gonfle le cash libre. Le ratio combiné, à 89,9 % au deuxième trimestre 2026, est un meilleur test de la rentabilité de l'assurance elle-même.
Booking est-elle devenue bon marché parce que son cours a été divisé par 25 ?
Non. Le fractionnement 25 pour 1 du 2 avril 2026 a multiplié le nombre d'actions sans changer la valeur de l'entreprise. Ce qui compte est le P/FCF de 13,4, bas par rapport à l'historique de Booking.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).