Actions suisses : la qualité est connue, le prix aussi
2026-10-05 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Nestlé, Sika, Givaudan et Novartis ont la réputation de la qualité, mais le prix la reflète déjà : sur six valeurs suisses passées au crible, quatre cotent au-dessus de mon prix d'achat raisonnable. Seules Swisscom et Partners Group passent en dessous, pour des raisons de doute, pas d'oubli.
Pourquoi la Suisse a-t-elle une réputation de qualité ?
Nestlé, Novartis, Sika, Givaudan : ces noms rassurent tout investisseur européen. Des marques mondiales, des dividendes versés année après année, un pays stable et un franc réputé solide. Cette réputation attire beaucoup d'acheteurs, et quand beaucoup d'acheteurs veulent la même chose, le prix monte.
La question de cet article est donc simple : cette qualité est-elle encore à vendre à un prix raisonnable ? J'ai passé six valeurs suisses dans ma grille d'analyse. Elle note la qualité du business sur dix critères (marges, croissance du cash par action, dette, rendement du capital), séparément du prix. Puis elle calcule un prix d'achat raisonnable : celui qui donnerait environ 15 % de rendement par an sur cinq ans, avec des hypothèses prudentes.
Pour le prix, je regarde le P/FCF : le prix de l'action rapporté au cash libre que l'entreprise dégage vraiment, une fois toutes ses factures payées. Un P/FCF de 17, c'est 17 années de ce cash. Plus il est bas, plus l'action est sous-évaluée.
Que disent les chiffres de ces six valeurs ?
| Société | Note de qualité | P/FCF | Marge de cash libre | Croissance des ventes par an (5 ans) | Écart avec le prix d'achat |
|---|---|---|---|---|---|
| Nestlé | 6/10 | 17,5× | 12,2 % | 0,7 % | surcote de 43,6 % |
| Novartis | 9/10 | 17,7× | 26,9 % | 6,5 % | surcote de 11,0 % |
| Sika | 6/10 | 22,0× | 11,9 % | 2,2 % | surcote de 67,9 % |
| Givaudan | 7/10 | 26,1× | 16,2 % | 2,8 % | surcote de 49,5 % |
| Swisscom | 7/10 | 11,1× | 20,0 % | 7,7 % | décote de 44,6 % |
| Partners Group | 7/10 | 10,5× | 60,7 % | -1,6 % | décote de 207 % (à relativiser) |
Une surcote signifie que le cours est au-dessus du prix où mon modèle donnerait le rendement visé ; une décote, qu'il est en dessous. Le tableau est net : les quatre noms les plus célèbres sont tous chers. Deux seulement, moins connus du grand public, passent sous la barre. Voyons pourquoi, un par un.
Nestlé : une icône qui ne croît plus beaucoup ?
Nestlé obtient 6 critères de qualité sur 10. Ses ventes progressent de 0,7 % par an sur cinq ans, sa marge de cash libre est de 12,2 %, et sa dette nette représente environ 4,9 années de ce cash. Le point positif : le nombre d'actions baisse de 1,7 % par an, signe que le groupe rachète ses propres titres.
Le fait récent va dans le même sens. Au premier semestre 2026, publié le 23 juillet, la croissance organique (hors effets de change et d'acquisitions) atteint 3,6 %, dont 1,5 point de volumes et 2,1 points de hausses de prix, selon le communiqué de Nestlé. Le bénéfice net, lui, recule de 31,4 %, d'après FoodNavigator.
Je lis cela ainsi (inféré) : plus de la moitié de la croissance vient des prix, pas des volumes, et un consommateur n'accepte pas des hausses sans limite. Avec un cours de 74,86 CHF pour un prix d'achat raisonnable de 42,20 CHF, le marché paie une marque, pas une croissance. Le dividende de 4,2 % est réel, mais il ne change pas le prix d'entrée. Voir la fiche de Nestlé.
Sika et Givaudan : le franc fort explique-t-il tout ?
Un groupe suisse vend en dollars, en euros, en yuans, mais publie ses comptes en francs. Quand le franc monte, ces ventes converties pèsent moins lourd, même si l'activité ne bouge pas. C'est un piège de lecture classique pour les valeurs suisses, et il est visible ici.
Sika (chimie de la construction) a réalisé 5,59 milliards de francs de ventes au premier semestre 2026 : -1,5 % en francs, mais +4,0 % en monnaies locales. L'entreprise a relevé sa prévision annuelle à +3 à +6 %, d'après son communiqué du 28 juillet. Givaudan (parfums et arômes) affiche 3 799 millions de francs : -1,7 % en francs, +3,6 % à périmètre comparable. Mais sa marge d'EBITDA ajusté passe de 25,2 % à 24,3 %, et son bénéfice net recule de 19,8 % selon le communiqué de Givaudan.
Donc oui, le franc explique le recul des ventes publiées. Non, il n'explique pas le prix. Sika se valorise 22 fois son cash libre, Givaudan 26 fois, alors que leurs ventes progressent de 2,2 % et 2,8 % par an sur cinq ans, et que la marge de Sika ne s'élargit pas. Ce que le marché récompense ici, c'est la régularité. Il l'a déjà payée : la surcote atteint 67,9 % pour Sika et 49,5 % pour Givaudan.
Novartis est-elle la seule vraie qualité, et à quel prix ?
Novartis est la mieux notée du lot : 9 critères sur 10. Sur 100 francs de ventes, environ 27 finissent en cash libre. Les ventes croissent de 6,5 % par an, le cash par action de 13,1 % par an, et le nombre d'actions baisse de 3,4 % par an grâce aux rachats.
Le cours de 117,58 CHF dépasse mon prix d'achat raisonnable de 104,61 CHF d'environ 11 %. C'est la surcote la plus faible du groupe : une baisse d'une dizaine de pour cent suffirait à la ramener dans ma zone. Tout dépend, comme pour toute pharma, du renouvellement des médicaments quand les brevets tombent (risque général du secteur). J'ai détaillé le cas dans mon article sur Novartis.
Pourquoi Swisscom et Partners Group passent-ils sous la barre ?
Swisscom se valorise 11,1 fois son cash libre, avec une marge de 20 % et une dette modérée (environ 1,2 année de cash). Sa croissance de 7,7 % par an est en grande partie achetée : le rachat de Vodafone Italia, fusionné avec Fastweb, a gonflé les ventes. Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires recule de 3,0 % à 7 221 millions de francs, mais l'EBITDAaL (résultat avant amortissements, après loyers) progresse de 3,3 %, avec +10,2 % en Italie grâce à 166 millions d'euros de synergies, selon Swisscom. Le marché doute de l'intégration et du poids des investissements télécoms. Le dividende est de 4,1 %.
Partners Group est un gestionnaire de capital-investissement. Il vit de deux revenus : des commissions de gestion, stables car proportionnelles aux actifs gérés, et des commissions de performance, une part des plus-values quand il revend ses participations. Celles-ci tombent par à-coups. Au premier semestre 2026, elles représentent 233 millions de francs, soit 19 % des revenus, avec des cessions retardées, d'après Partners Group. Les actifs gérés atteignent 186 milliards de dollars (+7 %), avec une collecte record de 16 milliards.
Son cash libre est très irrégulier : la marge de 60,7 % et la décote affichée de 207 % viennent de cette irrégularité. Je ne les lis pas au pied de la lettre. Un P/FCF au 3ᵉ percentile de son propre historique veut dire que le titre est rarement aussi bon marché, mais le marché attend de voir si les cessions reprennent. Partners Group et Swisscom sont bon marché parce qu'il y a un doute précis, pas par oubli.
Alors, la Suisse est-elle un bon terrain de chasse ?
Mon avis, tranché : pour les noms que tout le monde connaît, la qualité est payée d'avance. Deux enseignements. D'abord, la qualité réputée n'est pas la qualité mesurée : Nestlé et Sika n'obtiennent que 6 critères sur 10. Ensuite, les rares valeurs sous le prix d'achat y sont parce que le marché doute, et c'est à toi de juger si ce doute est excessif.
Deux précautions pratiques. Ces titres cotent en francs suisses, donc avec un risque de change, et la Suisse n'est pas dans l'Espace économique européen : ils ne sont pas éligibles au PEA. Les dividendes subissent aussi une retenue à la source suisse de 35 %, en partie récupérable : vérifie le détail avec ton courtier.
C'est le tri que je voulais pouvoir faire pour n'importe quelle action, alors je l'ai construit. Les fiches détaillent chaque critère, et ma méthodologie explique comment la note et le prix d'achat sont calculés.
FAQ
Les actions suisses sont-elles chères en 2026 ?
Parmi les six valeurs étudiées, quatre cotent au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, de 11 % pour Novartis à 68 % pour Sika. Deux seulement, Swisscom et Partners Group, passent en dessous, et chacune pour une raison de doute précise.
Pourquoi les ventes des groupes suisses reculent-elles en francs ?
Ils vendent dans de nombreuses devises et publient en francs. Quand le franc se renforce, les ventes converties baissent : Sika affiche -1,5 % en francs mais +4,0 % en monnaies locales au premier semestre 2026.
Peut-on acheter ces actions dans un PEA ?
Non. La Suisse n'est pas dans l'Espace économique européen, donc ces titres ne sont pas éligibles au PEA. Ils se détiennent sur un compte-titres ordinaire, avec un risque de change sur le franc suisse.
Que veut dire un prix d'achat raisonnable ?
C'est le cours où mon modèle donnerait environ 15 % de rendement par an sur cinq ans, avec des hypothèses prudentes de croissance et de valorisation de sortie. Ce n'est pas une prévision : c'est un ordre de grandeur qui change si les hypothèses changent.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).