Actions italiennes : au-delà de Ferrari, deux vraies pépites
2026-10-21 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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En Italie, trois sociétés sortent du lot : Recordati et Ferrari (9 sur 10 chacune) et Prysmian (8 sur 10). Ferrari est la plus chère, 45 fois son cash libre. Recordati et Prysmian restent à des niveaux de valorisation raisonnables. Les banques semblent bon marché mais passent mal ma grille de qualité.
Quand on dit « action italienne » à un investisseur français, il répond Ferrari. Puis, après un silence, UniCredit ou Enel. C'est à peu près tout. Milan reste une place que l'on connaît par trois ou quatre logos.
Pourtant, le 30 juillet 2026, deux sociétés italiennes publient le même jour des résultats qui font bouger leur valorisation. Ferrari annonce 1,94 Md€ de ventes sur le trimestre (+8 %) et relève sa prévision annuelle à environ 7,6 Md€. Prysmian, un fabricant de câbles dont presque personne ne parle, publie son meilleur trimestre de l'histoire et relève lui aussi ses objectifs.
J'ai donc fait ce que je fais pour chaque pays : passer dix valeurs de Milan dans ma grille. Elle juge la qualité d'une entreprise (marges, croissance, cash généré, dette, nombre d'actions) séparément du prix, puis regarde combien l'action se valorise par rapport au cash libre qu'elle produit, c'est-à-dire l'argent qui reste une fois payés les investissements. Le résultat n'est pas celui que j'attendais.
Recordati : la pépite que l'on ne cherche pas
Recordati est un laboratoire pharmaceutique de Milan, spécialisé dans les maladies rares, ces pathologies qui touchent peu de patients et pour lesquelles il existe rarement plus d'un traitement. Dans ce métier, un médicament protégé peut se vendre cher et longtemps, ce qui explique des marges que l'on voit rarement dans l'industrie classique.
Les chiffres suivent. Ses ventes sont passées de 1,85 Md€ en 2022 à 2,62 Md€ en 2025, soit environ 12 % par an. 19,5 % de ces ventes finissent en cash libre, et l'entreprise transforme 115 % de son bénéfice en cash réel, ce qui est le signe d'un bénéfice solide et non d'un artifice comptable. Le nombre d'actions n'a pas bougé (environ 209 millions), donc rien n'est dilué.
Le 28 juillet, les résultats du premier semestre confirment la trajectoire : 1,41 Md€ de ventes (+6,6 %), une marge d'EBITDA de 38,3 % et un cash libre de 299 M€ sur la période. Le moteur est Isturisa, un traitement de maladie rare, pendant que la gamme métabolique recule de 8 %. Deux bémols que je ne gomme pas : la dette nette de 1,9 Md€ représente environ quatre ans de cash libre, et le cash libre est irrégulier (365 M€ en 2022, 102 M€ en 2023, négatif de 281 M€ en 2024, puis 512 M€ en 2025). Je n'ai pas la cause précise de l'année 2024, et ce genre de volatilité m'empêche de parler de machine régulière.
Côté prix, l'action se valorise 21,7 fois son cash libre. Mon modèle prudent la place juste sous son seuil d'achat, avec une marge de sécurité de l'ordre de 3 % seulement. C'est correct, pas bradé.
Prysmian : un bon business dont les actionnaires paient la croissance
Prysmian fabrique des câbles électriques : sous-marins pour relier les parcs éoliens en mer, haute tension pour les réseaux, et de plus en plus pour alimenter les data centers. Le métier est un oligopole, car poser un câble sous-marin demande des navires spécialisés et un savoir-faire que peu de sociétés possèdent.
Son cash libre est passé de 584 M€ en 2022 à 1,37 Md€ en 2025, pour des ventes qui montent de 16,1 à 19,7 Md€. Le 30 juillet, le groupe annonce un EBITDA ajusté de 730 M€ au deuxième trimestre (+20,7 %) et relève son objectif de cash libre annuel de 1,3 à 1,4 Md€ vers 1,65 à 1,75 Md€. C'est un relèvement massif.
Mais il y a un revers que le résultat ne montre pas. Le nombre d'actions a augmenté d'environ 11 % entre 2022 et 2025, de 266 à 295 millions, soit près de 3,6 % par an : c'est le seul critère qui échoue dans ma grille. Je l'interprète comme le prix des acquisitions (General Cable, Encore Wire) payées en partie par l'émission de nouvelles actions, mais c'est ma lecture, pas un chiffre vérifié. Conséquence concrète : chaque action détient une part plus petite du gâteau. L'action se valorise 23 fois son cash libre, avec environ 6,5 % de marge sous mon seuil d'achat.
Ferrari : excellente, et déjà payée
Je ne vais pas refaire ici l'histoire de la marque, je l'ai racontée dans mon analyse du moat de Ferrari. Les chiffres confirment : le cash libre est passé d'environ 1,06 Md€ en 2022 à 1,86 Md€ en 2025, et le nombre d'actions a baissé de 182 à 178 millions. Au deuxième trimestre 2026, la marge opérationnelle atteint 31,2 % alors même que les livraisons reculent (3 366 voitures contre 3 494) : Ferrari vend moins, mais plus cher, grâce à la personnalisation.
Le problème est le prix. L'action se valorise 45 fois son cash libre, et mon modèle la juge environ 18 % au dessus de son seuil d'achat. Je n'ai pas de série d'historique de valorisation exploitable pour les valeurs de Milan, donc je ne peux pas la situer face à son propre passé, mais le constat ne change pas : on paie aujourd'hui, d'avance, plusieurs années de réussite.
Les banques et les assureurs : pas bon marché pour autant
UniCredit a publié le 23 juillet un premier semestre à 6,3 Md€ de bénéfice net, relevé son objectif 2026 à environ 11,5 Md€ et confirmé qu'elle redistribue 80 % de ses profits, dont 30 % en rachats d'actions. Le nombre d'actions baisse de près de 9 % par an. Sur le papier, c'est séduisant, et l'action se valorise seulement 16 fois son cash libre.
Mais il faut lire ces chiffres avec la mécanique d'une banque en tête. Pour une banque, les dépôts des clients sont une dette : ils figurent au bilan comme de l'argent que la banque doit rendre. D'où un endettement qui paraît énorme (10,6 ans de cash libre) et un rendement du capital de seulement 3,7 %, deux mesures qui ne disent pas la même chose que pour un industriel. Ma grille n'est pas faite pour juger les banques sur ces points, c'est pourquoi elle note UniCredit 5 sur 10, comme Intesa Sanpaolo. Je le dis honnêtement : ces notes sont un avertissement sur la limite de ma méthode, pas un verdict sur ces banques.
Generali est le cas inverse. Elle affiche une note de 8 sur 10 et une valorisation de 3,6 fois son cash libre, ce qui semble une aubaine. C'est un piège de lecture : un assureur encaisse les primes avant de payer les sinistres, et ce « float » (l'argent des clients qu'il détient temporairement) gonfle artificiellement son cash libre. Le même chiffre sur un industriel serait suspect. Je le lis comme un indice, pas comme une promesse.
Ce que dit le tableau
| Société | Note qualité | Ventes devenues cash libre | Valorisation (fois le cash libre) | Ma lecture |
|---|---|---|---|---|
| Recordati (REC) | 9 sur 10 | 19,5 % | 21,7 | Qualité réelle, prix correct |
| Prysmian (PRY) | 8 sur 10 | 7,0 % | 23,2 | Bon business, actions diluées |
| Ferrari (RACE) | 9 sur 10 | 19,7 % | 45,2 | Excellente, déjà payée |
| Generali (G) | 8 sur 10 | 25,9 % | 3,6 | Chiffre à manier avec prudence |
| Leonardo (LDO) | 6 sur 10 | 3,8 % | 39,6 | Histoire forte, cash faible |
| UniCredit (UCG) | 5 sur 10 | 29,0 % | 16,3 | Banque : grille peu adaptée |
Leonardo, le groupe de défense, mérite une mention : sa note de 6 sur 10 est portée par une demande européenne de défense solide, mais seulement 3,8 % de ses ventes deviennent du cash libre et l'action se valorise près de 40 fois ce cash. Un bon récit, pas encore un bon prix. Eni obtient 3 sur 10 : son cash libre par action recule d'environ 21 % par an.
Ma conclusion tient en une phrase : en Italie, la qualité n'est pas là où se trouve la notoriété. Recordati et Prysmian sont les deux dossiers que je regarderais d'abord, Ferrari est à surveiller en attendant un meilleur prix, et les banques demandent une autre grille que la mienne. Pour creuser, la fiche de Recordati, celle de Prysmian et celle de Ferrari détaillent chaque critère.
Les sources à consulter : le communiqué du premier semestre 2026 de Recordati, le communiqué de Prysmian du 30 juillet 2026 et le 6-K du deuxième trimestre 2026 de Ferrari. Pour comparer les pays, tu peux aussi relire mon étude sur les actions allemandes ou parcourir le screener.
FAQ
Quelles sont les meilleures actions italiennes de qualité ?
Dans mon échantillon de dix valeurs de Milan, Recordati (9 sur 10), Ferrari (9 sur 10) et Prysmian (8 sur 10) obtiennent les meilleures notes qualité. Ferrari est la plus chère des trois, avec une valorisation de 45 fois son cash libre.
Les banques italiennes sont elles sous-évaluées ?
Elles semblent bon marché, mais ma grille juge mal les banques, dont les dépôts sont comptés comme de la dette. UniCredit et Intesa obtiennent 5 sur 10, ce qui signale surtout la limite de la méthode.
Pourquoi Prysmian perd-elle un point malgré ses bons résultats ?
Parce que son nombre d'actions a augmenté d'environ 11 % entre 2022 et 2025, ce qui dilue chaque actionnaire malgré un cash libre en forte hausse.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).