Lubin Investment · Blog

Actions suédoises : une qualité rare, presque jamais soldée

2026-10-14 ·

Analyser une action sur Lubin Investment

Sur 19 grandes actions suédoises passées au crible, dix ont une qualité élevée : Alfa Laval, Addtech, Ericsson, Atlas Copco, Assa Abloy, Epiroc, Evolution, Lifco, Sandvik et Hexagon. Mais une seule, Ericsson, cote sous mon prix d'achat. La Suède vend de la qualité, rarement en solde, et ce constat vaut déjà une information.

Dix valeurs à 7 sur 10 ou plus, un seul prix raisonnable

J'ai passé au crible 19 grandes actions suédoises avec la grille que j'utilise pour tous les pays. D'un côté, une note de qualité sur 10, calculée à partir de critères financiers concrets : rentabilité, croissance des ventes et du cash, rachats d'actions, dette. De l'autre, et séparément, un prix d'achat : le cours maximum que je paierais pour viser 15 % de rendement par an sur cinq ans. Il est exigeant volontairement, car il sert à repérer les rares cas où l'on n'a pas besoin de payer la perfection. Les chiffres datent du 14 octobre 2026. Quelques valeurs (H&M, SKF, Nibe, SEB, Boliden) n'ont pas répondu à l'extraction ce jour-là et ne figurent pas dans l'échantillon.

Résultat : dix sociétés obtiennent 7 sur 10 ou plus. Le tableau les range par note et compare le cours du jour à mon prix d'achat, en couronnes suédoises.

SociétéNoteCours (SEK)Prix d'achat (SEK)Cours par rapport au prix d'achat
Alfa Laval9593223166 % au-dessus
Addtech932619072 % au-dessus
Ericsson99410813 % en dessous
Atlas Copco821112470 % au-dessus
Assa Abloy8353136160 % au-dessus
Epiroc82722662 % au-dessus
Evolution880240797 % au-dessus
Lifco832417683 % au-dessus
Sandvik736920679 % au-dessus
Hexagon71056172 % au-dessus

Lis la dernière colonne comme un thermomètre. Huit de ces dix valeurs cotent entre 70 % et 166 % au-dessus de ce que je suis prêt à payer. Ce n'est pas un jugement sur l'entreprise, c'est un jugement sur le prix : le marché a déjà reconnu la qualité suédoise, et il l'a payée d'avance. J'avais déjà comparé deux d'entre elles, Addtech et Lifco, dans mon article sur les compounders suédois ; le tableau confirme qu'elles restent toutes deux au-dessus de mon prix d'achat.

Pourquoi la qualité suédoise est presque toujours chère

Ces sociétés ont un point commun : elles vendent des équipements ou des composants dont leurs clients ne peuvent pas se passer, puis gagnent de l'argent une seconde fois sur les pièces de rechange, les services et les mises à jour. Quand une usine a installé des compresseurs, des échangeurs thermiques ou des systèmes de serrures, elle reste liée à son fournisseur pendant des années. C'est ma lecture de leurs métiers, pas un chiffre du screener. Cette récurrence rend le cash prévisible, et un cash prévisible se valorise cher : le marché paie la tranquillité.

Alfa Laval en est l'exemple le plus net. Elle obtient 9 sur 10, avec un cash ROCE de 24,7 % (le cash généré chaque année rapporté au capital engagé : plus il est haut, mieux chaque couronne investie travaille) et un cash par action en hausse de 63 % par an sur la période mesurée, un chiffre que sa base de départ gonfle sans doute. Mais l'action vaut aujourd'hui plus de 37 fois son free cash flow (le cash qui reste une fois les factures payées et les investissements faits), un niveau supérieur à 96 % de ses propres mesures passées. Mon prix d'achat retient d'ailleurs une croissance du cash de 2,6 % par an seulement et un multiple de sortie ramené à 25 fois : c'est ce qui l'écarte du cours, et c'est un choix prudent assumé.

Le rapport du deuxième trimestre, publié le 21 juillet 2026, montre pourquoi le marché ne rabat rien : les commandes bondissent de 35 % à 22,2 milliards de couronnes (29 % en organique). Mais la marge d'EBITA ajustée recule à 17,0 % contre 17,8 % un an plus tôt, et la dette nette rapportée à l'EBITDA passe de 0,60 à 1,11 après des acquisitions. Les bonnes nouvelles sont dans le cours, la marge recule quand même.

Ericsson et Epiroc : les deux exceptions

Ericsson est la seule des dix à coter sous mon prix d'achat : 94 couronnes contre 108. Elle se valorise environ 11 fois son free cash flow, avec une marge de free cash flow de 12,3 %. La trajectoire invite pourtant à la prudence : ses ventes reculent de 4,5 % par an sur la période mesurée, et le deuxième trimestre 2026, publié le 14 juillet, a confirmé la pente avec 52,7 milliards de couronnes de ventes, en baisse de 6 % sur un an, et une marge brute ajustée de 48,4 % (voir la page investisseurs d'Ericsson). Le cash par action progresse, lui, de près de 45 % par an : j'en déduis une cure d'efficacité, pas une croissance.

Pourquoi le marché la paie-t-il si peu ? Parce que ses clients, les opérateurs télécoms, dépensent par à-coups : ils investissent massivement quand un nouveau réseau se déploie, puis lèvent le pied. Ericsson est un cyclique qui ressemble à une entreprise de qualité. Mon avis tranché : le prix est raisonnable seulement si l'on n'attend aucune croissance. Un détail compte : pour Ericsson comme pour Epiroc, mon calcul retient la croissance de cash maximale que j'autorise, 20 % par an, parce que leur cash par action a progressé vite. Si ce rythme se tasse, leur prix d'achat baisse et l'écart disparaît. Pour le détail, relis mon analyse d'Ericsson.

Epiroc, qui équipe les mines, cote à 2 % de mon prix d'achat : en pratique, au prix. Elle obtient 8 sur 10 avec un cash ROCE de 22,6 %, mais se valorise près de 38 fois son free cash flow : ce prix d'achat repose lui aussi sur une croissance du cash de 20 % par an, que ses ventes (7,7 % par an) soutiennent sans la garantir.

Evolution : la marge la plus haute, le débat le plus ouvert

Evolution produit les tables de casino en direct que les sites de jeu en ligne diffusent depuis ses studios. C'est la société la plus profitable du lot : une marge de free cash flow de 54,2 % (sur 100 couronnes de ventes, 54 restent en cash disponible) et un cash ROCE de 99,7 %, soit presque autant de cash par an que de capital engagé. Elle se valorise seulement 13 fois son free cash flow, et son cours est pourtant 97 % au-dessus de mon prix d'achat. L'explication tient à mon calcul : il retient une croissance du cash de 3,8 % par an et un multiple de sortie de 11 fois, donc il anticipe un tassement.

Le dernier rapport, publié le 17 juillet 2026, donne raison à cette prudence : le chiffre d'affaires du deuxième trimestre recule de 1,2 % à 517,8 millions d'euros (hausse de 2,4 % à devises constantes), pour une marge d'EBITDA stable à 65,9 %. Le live casino baisse (437,3 millions d'euros contre 453,7), les jeux à résultat aléatoire montent (80,5 contre 70,6), l'Asie recule de 8,9 %. Sur cinq ans, les ventes croissaient de près de 18 % par an : la machine tourne, elle n'accélère plus. La société a lancé un programme de rachat d'actions et réglé un différend avec le régulateur britannique pour 4,75 millions de livres. Une très belle entreprise, mais dont l'histoire de croissance est en pause.

Neuf valeurs restent à 6 sur 10 ou moins

Les neuf autres sociétés de l'échantillon pèsent moins, pour des raisons de trois sortes : des ventes qui reculent, une rentabilité faible, ou un secteur (les banques) où mon calcul de prix n'est pas applicable.

SociétéNoteCe qui pèse
Telia6Ventes en recul de 1,8 % par an, mais marge de free cash flow de 15,6 %
Handelsbanken6Banque : pas de prix d'achat calculable, les dépôts faussent le free cash flow
Swedbank6Banque : même limite
Nordea5Banque : même limite
Investor5Société de portefeuille : cash ROCE de 1,9 %, la valeur est dans ses participations
Essity5Marge de free cash flow de 6,0 %, cash par action en léger recul
EQT5Nombre d'actions en hausse de 4,5 % par an, cash par action en baisse de 17 % par an
Volvo4Marge de free cash flow de 4,1 %, ventes stables, cash ROCE de 6,4 %
Sinch4Ventes en recul de 0,8 % par an, cash ROCE de 9,8 %

Trois d'entre elles cotent sous mon prix d'achat : Telia (16 % en dessous), Sinch (5 %) et Volvo (4 %). Elles illustrent le piège inverse : un prix raisonnable pour une qualité moyenne n'est pas une affaire, c'est le prix normal d'une entreprise moyenne. Je détaille ce mécanisme dans mon article sur les pièges de valeur.

Mon verdict sur la Suède boursière

La Suède est le pays où la qualité est la plus facile à trouver et la plus difficile à acheter bon marché. Sur 19 valeurs, dix passent 7 sur 10, mais une seule offre un vrai prix, Ericsson, et c'est celle dont les ventes reculent. Ma lecture : sur Alfa Laval ou Assa Abloy, il faudrait un net recul des cours pour que le prix rejoigne la qualité, et payer aujourd'hui, c'est parier que le marché a raison d'en attendre beaucoup.

Le schéma ressemble à ce que je trouve ailleurs. En Allemagne la qualité vit dans l'assurance et le logiciel, en Suisse elle est déjà payée : quand une qualité est connue, son prix l'est aussi. Ces tris viennent de la grille que j'ai construite pour les faire sur n'importe quelle action, que tu peux essayer sur la fiche d'Alfa Laval.

FAQ

Quelles sont les meilleures actions suédoises en 2026 ?

Sur 19 grandes valeurs passées au crible le 14 octobre 2026, Alfa Laval, Addtech et Ericsson obtiennent 9 sur 10, suivies d'Atlas Copco, Assa Abloy, Epiroc, Evolution et Lifco à 8. Cette note mesure la qualité de l'entreprise, pas son prix.

Les actions suédoises sont-elles chères ?

Les plus belles, oui : huit des dix meilleures cotent entre 70 % et 166 % au-dessus de mon prix d'achat. Ericsson cote en dessous, Epiroc quasiment à son niveau.

Pourquoi une action de qualité peut-elle ne pas être une bonne affaire ?

Parce que le prix compte autant que l'entreprise. Une société excellente payée trop cher peut rapporter peu. Je juge donc la qualité d'abord, puis le prix, séparément.

À lire aussi

Analyser une action sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).