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Actions britanniques : de la qualité, rarement au bon prix

2026-10-12 ·

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Sur onze grandes actions de Londres que j'ai analysées, quatre sont d'excellentes entreprises et trois d'entre elles sont déjà trop chères. Seule Rolls-Royce se négocie encore 5 % sous le prix d'achat que je m'autorise. La Bourse de Londres n'est pas bon marché : elle a de la qualité, mais le marché le sait.

Londres, la Bourse qu'on croit bon marché

Quand on parle d'actions britanniques, on entend souvent la même chose : Londres serait la place « décotée » d'Europe, celle où les bonnes entreprises se vendent au rabais depuis le Brexit. Je voulais vérifier cette idée avec des chiffres plutôt qu'avec une impression.

Ma méthode juge deux choses séparément. D'abord la qualité du business, notée sur 10 d'après des critères concrets : marge, croissance des ventes et du cash, rachats d'actions, dette, rendement du capital. Ensuite le prix : je calcule un prix d'achat raisonnable à partir du cash libre (le free cash flow, l'argent qui reste vraiment une fois les factures et les investissements payés) et je le compare au cours du jour. Une excellente entreprise payée trop cher reste un mauvais achat.

Onze valeurs passées au crible

J'ai testé onze grandes valeurs de la cote londonienne, parmi les plus connues. Ce n'est pas un classement exhaustif de la Bourse de Londres : une douzième, RELX, n'est tout simplement pas dans ma base. Mais l'échantillon suffit à voir une forme nette, résumée dans ce tableau.

SociétéNote qualitéCours face à mon prix d'achat
Rolls-Royce9 sur 10Décote de 5,4 %
Compass Group9 sur 10Surcote de 12,1 %
Sage Group9 sur 10Surcote de 17,7 %
Halma9 sur 10Surcote de 32,3 %
AstraZeneca8 sur 10Surcote de 21,7 %
Auto Trader8 sur 10Surcote de 36,3 %
Experian7 sur 10Surcote de 31,3 %
Unilever6 sur 10Surcote de 73,7 %
London Stock Exchange Group6 sur 10Surcote de 56,3 %
Tesco5 sur 10Surcote de 22,8 %
Diageo4 sur 10Surcote de 32,9 %

Deux lectures s'imposent. Un : la qualité existe à Londres, quatre sociétés valident 9 critères sur 10. Deux : sur onze noms, dix se négocient au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, souvent de beaucoup. Le rabais londonien, s'il a existé, ne se voit plus dans ces prix.

Rolls-Royce : la seule sous son prix d'achat

Rolls-Royce est le seul nom de la liste à passer sous la barre. Le cours est de 1 392,8 pence, mon prix d'achat raisonnable de 1 467,9 pence : une décote de 5,4 %, mince mais réelle. C'est d'autant plus surprenant que l'action a été l'une des plus belles remontées de la cote.

Pour comprendre pourquoi son cash grimpe, il faut connaître le modèle. Rolls-Royce vend ses moteurs d'avion avec peu de marge, parfois à perte, puis gagne de l'argent pendant des décennies : les compagnies lui paient chaque heure de vol de leurs moteurs. Quand le trafic aérien repart, le cash arrive, avec un décalage. Le communiqué du premier semestre 2026, publié le 30 juillet, le montre : cash libre de 2,0 Md£ sur six mois (+24 %), résultat opérationnel sous-jacent en hausse de 46 % à 2,5 Md£, et un objectif annuel relevé à 3,8 à 4,0 Md£ de cash libre.

La trajectoire est ce qui me frappe. Sur cinq ans, les ventes progressent d'environ 17 % par an et le cash libre par action de près de 57 % par an, alors que le nombre d'actions n'a quasiment pas bougé. Le groupe prévoit aussi 2,5 Md£ de rachats d'actions en 2026. Mon réflexe de prudence reste le même : une décote de 5 % laisse peu de marge d'erreur pour un industriel dont la valorisation se base sur un cash encore en forte croissance. Tu trouveras le détail sur la fiche de Rolls-Royce.

Halma, Compass, Sage : trois machines, trois prix déjà élevés

Halma est un conglomérat à l'anglaise : une cinquantaine de petites entreprises de niche (détection incendie, sécurité, optique, santé) que le groupe laisse autonomes et complète par des rachats. Dans son communiqué annuel du 11 juin 2026, elle annonce sa 23ᵉ année consécutive de hausse du bénéfice, des ventes de 2,58 Md£ et un dividende relevé de 7 %. D'après mes séries, son cash libre a doublé en quatre ans, d'environ 212 M£ à 426 M£. Pourtant, l'action se négocie 32 % au-dessus de mon prix d'achat : le marché paie déjà cette régularité, et la prévision d'un ralentissement de ses ventes de photonique aux centres de données a provoqué sa plus forte chute en une séance depuis des années.

Compass Group, le géant de la restauration collective (cantines d'entreprise, hôpitaux, stades), illustre un paradoxe que j'aime. Sa marge nette n'est que de 4 %, ce qui paraît misérable. Mais elle n'a presque rien à immobiliser pour grandir : son rendement du capital en cash dépasse 29 %. Les clients paient vite, les fournisseurs plus tard. Le point du troisième trimestre, publié le 21 juillet 2026, indique une croissance organique de 7,1 % et 96 % de rétention de clients. La surcote reste de 12 %.

Sage vend des logiciels de comptabilité et de paie à des PME par abonnement, ce qui rend ses revenus très prévisibles. Au semestre clos le 31 mars 2026, d'après son communiqué du 21 mai, les ventes sous-jacentes atteignent 1 363 M£ (+11 %) et le revenu récurrent annuel 2,73 Md£ (+11 %), avec un taux de renouvellement de 102 %. Le groupe rachète ses actions : leur nombre est passé de 1,10 à 0,96 milliard en cinq ans. Mais la surcote est de 17,7 % : je note la qualité sans l'acheter au prix actuel.

Pourquoi les grands noms britanniques décrochent

Le bas du tableau est celui des marques que tout le monde connaît. Unilever affiche une note de 6 sur 10 et une surcote de près de 74 %. Ses résultats du premier semestre 2026 sont pourtant corrects (ventes sous-jacentes +4,8 %, dont 4,2 points de volume), mais la croissance de ses ventes est quasi nulle sur cinq ans après la scission de la glace, et le groupe prépare le rapprochement de son pôle alimentaire avec McCormick. Quand une action se négocie près de 18 fois son cash libre pour une croissance de 5 %, le marché paie la stabilité, pas l'accélération.

Diageo (4 sur 10) et Tesco (5 sur 10) racontent autre chose : des entreprises solides à l'échelle de leur secteur, mais dont la marge nette (9 % pour l'alcool, 2 % pour la distribution) et l'endettement ne passent pas ma grille. London Stock Exchange Group, enfin, est une belle infrastructure de marché, mais elle coûte déjà 56 % de plus que mon prix d'achat. Ce sont des entreprises, pas des affaires.

Comment je lirais ce palmarès

La leçon n'est pas « évite Londres ». Elle est plus simple : ici comme ailleurs, la qualité se paie, et plus elle est visible, plus le prix la reflète. Pour un investisseur qui cherche à la fois une bonne entreprise et un bon prix, la liste utile n'est pas celle des meilleures notes, mais celle des meilleures entreprises en attente d'un recul du cours. Halma, Sage et Compass y sont, avec des écarts à combler de 12 % à 32 %.

Je reste prudent sur une chose : ma note et mon prix d'achat reposent sur des hypothèses, et une action peut rester chère longtemps. C'est exactement pourquoi j'ai construit mon outil, pour refaire ce tour de table en quelques secondes sur n'importe quelle Bourse. Tu peux relire ma méthode complète, ou comparer avec les actions suisses et les actions allemandes, où le constat est proche.

Ce que je garde de ce tour de Londres

FAQ

Les actions britanniques sont-elles sous-évaluées ?

Pas dans mon échantillon : sur onze grandes valeurs de Londres, dix se négocient au-dessus de mon prix d'achat raisonnable. Seule Rolls-Royce affiche une décote, de 5,4 %. Ce sont des chiffres à la date de rédaction, qui évoluent avec les cours.

Quelle est la meilleure action britannique selon ta méthode ?

Quatre valident 9 critères sur 10 : Rolls-Royce, Compass Group, Sage Group et Halma. Rolls-Royce est la seule dont le cours est sous mon prix d'achat. Une bonne note ne dit rien du prix, c'est pourquoi je regarde les deux séparément.

Pourquoi Unilever est-elle si mal classée ?

Elle valide 6 critères sur 10, avec peu de croissance de ses ventes sur cinq ans, et se négocie environ 74 % au-dessus de mon prix d'achat. Le marché paie la stabilité de ses marques, pas une accélération de ses résultats.

Pourquoi les cours sont-ils en pence ?

Les actions de Londres sont cotées en pence (un centième de livre). Un cours de 1 392,8 pence vaut donc 13,93 livres. Les pourcentages de ce comparatif ne sont pas affectés par cette unité.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).